ActualitésL’Opposition iranienne

Carlo Cottarelli appelle à un soutien international pour le changement démocratique en Iran lors d’une conférence à Rome

Carlo Cottarelli appelle à un soutien international pour le changement démocratique en Iran lors d’une conférence à Rome
Le professeur Carlo Cottarelli, ancien directeur exécutif

Le professeur Carlo Cottarelli, ancien directeur exécutif du FMI et Premier ministre italien désigné, s’exprime lors d’une conférence internationale à Rome le 17 juillet 2026.
Par
Mahmoud Hakamian

Le 17 juillet 2026, l’ancien Premier ministre italien désigné, Carlo Cottarelli, a prononcé un discours marquant lors d’une conférence internationale à Rome, soulignant que l’avenir de l’Iran doit être déterminé uniquement par ses propres citoyens, et non par des puissances étrangères ou une intervention militaire.

Le professeur Cottarelli a souligné que la multiplication des arrestations et des exécutions reflète la peur systémique du régime et un mécontentement social profondément enraciné. Il a noté que ce mécontentement découle d’années de répression interne plutôt que de crises géopolitiques récentes, rappelant que des générations de femmes, d’étudiants et de travailleurs ont continuellement réclamé des libertés démocratiques.

Évoquant la grave crise économique que traverse le pays, l’ancien directeur exécutif du Fonds monétaire international a souligné que les difficultés de l’Iran sont antérieures aux sanctions internationales actuelles. Elles résultent plutôt de faiblesses structurelles, d’une corruption systémique, d’un contrôle excessif de l’État et du détournement des ressources nationales au profit d’ambitions idéologiques et géopolitiques, au détriment des citoyens ordinaires.

Carlo Cottarelli appelle à un soutien international pour le changement démocratique en Iran lors d’une conférence à Rome

Par ailleurs, le professeur Cottarelli a averti que la force militaire et les bombardements stratégiques ne peuvent, à eux seuls, dicter la trajectoire politique d’une nation ni garantir une stabilité politique durable. Citant des parallèles historiques tels que la chute de l’apartheid en Afrique du Sud et l’effondrement du mur de Berlin, il a fait remarquer que les régimes autoritaires rigides semblent souvent solides jusqu’à ce qu’ils implosent sous le poids de leurs contradictions internes.

Enfin, le professeur Cottarelli a soutenu la feuille de route démocratique exposée dans le plan en dix points de Maryam Radjavi. Il a conclu en affirmant que, si les nations démocratiques ne doivent pas dicter l’avenir de l’Iran, la communauté internationale a l’obligation morale de défendre les droits humains universels, de promouvoir les principes démocratiques et de reconnaître que la libération ultime de l’Iran repose entre les mains de son peuple.

Voici des extraits du discours du professeur Carlo Cottarelli :

https://x.com/CNRIFrance/status/2080951723602878927

Merci beaucoup, Monsieur Charvin ; je suis très honoré d’avoir été invité une fois de plus à être parmi vous, Mesdames et Messieurs. Je suis très heureux d’être ici. Nous nous réunissons, manifestement, à un moment crucial pour l’Iran et, je dirais, pour l’Europe et pour le monde.

Les événements récents ont, une fois de plus, attiré l’attention du monde entier sur un pays dont la population subit depuis des décennies la répression politique, les difficultés économiques et l’isolement international. Et pourtant, bien qu’il soit compréhensible que l’attention mondiale se porte sur les développements militaires et les négociations diplomatiques, nous ne devons pas perdre de vue une réalité fondamentale, une vérité essentielle : l’avenir de l’Iran sera finalement déterminé non pas par des puissances étrangères, mais par le peuple iranien lui-même.

La vague d’arrestations et d’exécutions survenue au début de cette année — et ce n’est certes pas la première fois — est profondément préoccupante ; toutefois, loin de démontrer la force du régime, ces mesures révèlent son insécurité. Il craint ses propres citoyens et se voit contraint de tuer par peur de perdre le pouvoir. Les autorités continuent de miser sur les prisons, l’intimidation et la violence, car elles savent que le mécontentement est profondément ancré dans la société iranienne. Ce mécontentement n’est pas apparu avec la crise militaire la plus récente.

Bien avant les attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, le pays a connu des vagues de protestations et de soulèvements menés par des femmes, des étudiants, des travailleurs et des jeunes réclamant davantage de liberté et de meilleures perspectives économiques. Ces mouvements, bien que brutalement réprimés, ont témoigné de l’existence d’une société qui aspire au changement et refuse de renoncer à son avenir.

Pendant trop longtemps, une grande partie du débat international s’est concentrée presque exclusivement sur le régimeiranien lui-même : sur les sanctions, les factions internes, les négociations diplomatiques et l’espoir qu’une simple politique d’ouverture suffirait à modérer son comportement. Cet espoir, comme l’ont souligné à maintes reprises les intervenants précédents, ne s’est pas concrétisé. Le dialogue demeure, certes, un instrument essentiel de la politique étrangère, mais l’expérience montre qu’un changement politique durable ne peut découler automatiquement d’accords diplomatiques.

Carlo Cottarelli appelle à un soutien international pour le changement démocratique en Iran lors d’une conférence à Rome

Parallèlement, les événements récents nous rappellent une autre réalité historique : La puissance militaire — et la puissance aérienne, notamment les bombardements — détermine rarement à elle seule l’issue politique d’un conflit. Il existe une longue tradition consistant à croire que les bombardements stratégiques peuvent transformer de manière décisive la réalité sur le terrain. L’histoire offre toutefois de nombreux exemples qui incitent à la prudence face à une telle hypothèse.

Durant la Seconde Guerre mondiale, par exemple, des campagnes de bombardements massifs ont causé des destructions considérables — d’abord en Grande-Bretagne, sans résultat probant, puis en Allemagne —, mais le Troisième Reich ne s’est rendu qu’après l’effondrement de ses forces militaires. Plus tard, au Vietnam, des années de bombardements n’ont pas permis d’atteindre les objectifs politiques visés. Plus récemment, des interventions militaires extérieures ont parfois modifié le cours de conflits internes, mais l’instauration d’un changement politique durable a finalement dépendu de l’évolution des sociétés concernées.

La situation actuelle en Iran soulève la même question. Même la campagne militaire la plus puissante a peu de chances de déterminer, à elle seule, l’avenir politique du pays. Si les pressions extérieures peuvent affaiblir les capacités militaires, un nouvel ordre politique — lorsqu’il finira par émerger, car il finira par émerger — ne pourra être bâti que par le peuple iranien lui-même.

La crise iranienne comporte une autre dimension qui mérite une attention particulière : l’économie. Compte tenu de mon parcours, je ne peux faire l’impasse sur ce sujet. Les difficultés économiques de l’Iran ne sont pas apparues avec les tensions les plus récentes, et elles ne sauraient s’expliquer uniquement par les sanctions ou l’isolement international. Depuis des décennies, les performances économiques de l’Iran sont bien en deçà de son potentiel. C’est un pays doté d’immenses ressources — tant humaines que naturelles — et pourtant, la croissance économique y est faible et instable, l’inflation a régulièrement érodé le niveau de vie, le chômage des jeunes reste élevé et, au fil des ans, de nombreux Iraniens talentueux ont quitté le pays en quête d’opportunités ailleurs.

Les sanctions ont certes aggravé ces problèmes, mais les racines du malaise économique iranien sont bien plus anciennes. Ces événements récents, ces bombardements, occultent en réalité la vérité. La vérité est que, même en l’absence de bombardements, de sanctions ou de tout autre facteur externe, l’économie iranienne affiche de très mauvais résultats depuis des années. Depuis longtemps, les économistes soulignent des faiblesses structurelles engendrées par des politiques inappropriées, un contrôle excessif de l’État, une corruption profondément ancrée au sein des cercles de pouvoir et le rôle prédominant des institutions politiques et militaires dans de vastes secteurs de l’économie. Trop souvent, les ambitions idéologiques et géopolitiques ont prévalu sur le développement économique et le bien-être des citoyens ordinaires.

Il en a résulté une dégradation prolongée du niveau et des conditions de vie de millions d’Iraniens. Dans ce contexte, nombre d’entre eux aspirent à des changements profonds. Leurs attentes sont vastes : ils réclament un gouvernement responsable, le pluralisme politique, l’égalité devant la loi, la liberté religieuse et le respect de la dignité humaine.

Le CNRI — et je tiens ici à souligner l’importance du programme en dix points de Mme Rajavi — a élaboré des propositions pour un avenir fondé sur des élections libres, la séparation de la religion et de l’État, l’indépendance de la justice, l’égalité entre les sexes, les droits des minorités et le rejet de la militarisation nucléaire.

L’histoire nous enseigne que les systèmes politiques semblant immuables peuvent changer avec une rapidité remarquable. Peu de gens croyaient, par exemple, que l’apartheid en Afrique du Sud prendrait fin au moment où cela s’est produit. Peu imaginaient que le mur de Berlin disparaîtrait aussi soudainement. Les systèmes fondés sur la violence — et celui-ci en est un — paraissent souvent plus solides qu’ils ne le sont réellement, jusqu’à ce qu’ils s’effondrent de manière inattendue sous le poids de leurs propres contradictions. Notre responsabilité, en tant que représentants de sociétés démocratiques, n’est pas de décider de l’avenir de l’Iran ; ce choix appartient au peuple iranien. Il nous incombe toutefois de défendre des principes universels, de soutenir les droits humains et de ne pas céder à l’illusion que la force militaire peut, à elle seule, façonner le destin d’une nation.

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