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Mohaddessin : Le soulèvement populaire et les unités de résistance, clés du changement en Iran

Mohaddessin : Le soulèvement populaire et les unités de résistance, clés du changement en Iran
Dans un entretien accordé au média roumain Libertatea, Mohammad Mohaddessin,

Mohammad Mohaddessin, président de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI).
Par
Shamsi Saadati

Dans un entretien accordé au média roumain Libertatea, Mohammad Mohaddessin, président de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne, affirme que le régime ne peut être renversé par de simples frappes aériennes. Il propose une stratégie de changement en Iran reposant sur deux piliers : un soulèvement populaire de grande ampleur et des unités de résistance organisées à l’intérieur du pays.

Il décrit la société iranienne comme extrêmement instable, citant une inflation de 75 % et un chômage de 25 %, et souligne que la population aspire à la liberté et à la démocratie. Il met également en avant la géographie de l’Iran et le nationalisme iranien comme autant d’obstacles majeurs à toute occupation étrangère, faisant référence au bilan négatif de l’invasion de l’Irak en 2003.

Concernant la durée de la guerre, il estime qu’elle ne se prolongera pas, mais souligne que le régime craint davantage un effondrement interne qu’une pression extérieure. Il appelle l’Union européenne à soutenir à la fois un cessez-le-feu et un changement de régime, insistant sur la reconnaissance du droit du peuple iranien à renverser le système.

Évoquant son propre emprisonnement et les tortures qu’il a subies sous le Shah, Mohaddessin souligne le coût humain de la résistance comme le prix de la liberté et de la dignité.

Voici la traduction de l’interview :

 

Mohammad Mohaddessin, président de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) et l’une des figures clés de l’opposition au régime iranien, explique dans une interview accordée à Libertatea pourquoi il est impossible pour les troupes américaines d’atteindre Téhéran et comment il envisage l’avenir de son pays.

Né en 1955, Mohammad Mohaddessin, fils d’un ayatollah éminent de Qom, fut étudiant à l’Université de technologie Sharif de Téhéran. Il rejoignit l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) en 1973. Pendant plus de cinquante ans, il s’opposa à la dictature en Iran. La police secrète du Shah, la SAVAK, l’arrêta en 1975 pour ses activités et le condamna à 15 ans de prison. Il fut torturé et emprisonné pendant quatre ans, jusqu’à la chute du Shah en 1979. Dès lors, il fut l’un des plus hauts responsables politiques du mouvement. Après le début de la campagne de terreur et d’exécutions menée par la dictature religieuse de Khomeiny dans les années 1980, Mohaddessin, comme d’autres dissidents, fut contraint à l’exil et s’installa à Paris.

« Nous avons une stratégie très claire et efficace pour renverser le régime. »

Libertatea : Vous avez récemment déclaré que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre la République islamique d’Iran n’entraînerait pas la destitution du pouvoir clérical du pays. Comment peut-on vaincre le régime iranien sans l’implication des États-Unis et d’Israël ?

Mohammad Mohaddessin : C’est une excellente question. En réalité, un gouvernement comme le régime iranien, dans un pays aussi vaste que l’Iran, est extrêmement difficile, voire impossible, à renverser par des bombardements menés par un pays étranger. Bien sûr, les bombardements des États-Unis ou de tout autre pays, ainsi que les sanctions, affaiblissent le régime. Mais cela ne suffit pas à le renverser. Pour renverser un régime, il faut des soldats, des forces sur le terrain.

Si les États-Unis, par exemple, veulent renverser le régime, ils ont besoin de troupes au sol, comme ce fut le cas en Irak en 2003. Mais dans le contexte politique actuel en Iran, aux États-Unis et dans le monde, il est impossible pour les États-Unis d’envoyer des troupes au sol pour renverser le régime de Téhéran.

Nous avons une stratégie très claire et solide pour renverser le régime. Cette stratégie repose sur deux piliers et deux éléments fondamentaux. Premièrement, le soulèvement populaire, la révolte du peuple. Deuxièmement, le mouvement de résistance organisé, les unités de résistance à l’intérieur de l’Iran.

La société iranienne est profondément insatisfaite et explosive. L’inflation a atteint 75 % selon les chiffres officiels, son niveau le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale. Le chômage avoisine les 25 %. Le peuple iranien aspire à la liberté et à la démocratie. Par conséquent, un soulèvement populaire est crucial et très probable.

Libertatea: Pourquoi pensez-vous qu’il est impossible pour les troupes américaines d’atteindre Téhéran ?

Mohammad Mohaddessin : Les Américains peuvent envoyer un commando à Téhéran pour une opération ciblée, comme ils l’ont fait récemment dans le centre de l’Iran pour secourir ce pilote. Mais ils ne peuvent pas occuper Téhéran. S’ils veulent l’occuper, ils doivent envoyer des troupes au sol depuis les frontières.

Téhéran est loin des frontières occidentales de l’Iran (500 à 600 kilomètres) et des frontières orientales (800 à 900 kilomètres). Elle est encore plus éloignée des frontières méridionales et à plusieurs centaines de kilomètres des frontières septentrionales.

Par conséquent, il est impossible d’occuper l’Iran avec quelques milliers de soldats. Il faudrait des centaines de milliers de soldats pour libérer Téhéran ou occuper l’Iran, un pays de plus de 92 millions d’habitants. La superficie de l’Iran est trois fois supérieure à celle de la France et six fois supérieure à celle du Royaume-Uni.

Il faut également tenir compte du patriotisme du peuple iranien. Ils ne sont pas favorables à l’occupation de leur pays. Bien sûr, ils accueillent favorablement le soutien d’autres pays – les États-Unis ou les nations européennes – et le sollicitent, mais ils ne souhaitent pas que leur pays soit occupé.

L’exemple de l’Irak est éloquent. L’occupation de l’Irak a eu de nombreuses conséquences négatives. Même aujourd’hui, les présidents Trump, Biden et Obama – tous – après l’occupation et l’invasion de l’Irak, l’ont critiquée, la qualifiant de très mauvaise expérience, d’épisode très malheureux de l’histoire des États-Unis, aux conséquences néfastes et désastreuses pour la région.

Aujourd’hui encore, au Moyen-Orient et au-delà, les conséquences de cette invasion se font sentir. Lors de la conférence de presse d’aujourd’hui à Bruxelles, j’ai souligné que : La politique de complaisance de l’UE a été le facteur extérieur le plus déterminant dans le maintien du régime iranien et la prévention de son renversement.

Libertatea : Comment estimez-vous la durée de la guerre en Iran ?

Mohammad Mohaddessin : Bien sûr, il est très difficile de dire ce qui va se passer, car malheureusement, c’est une guerre dans laquelle nous n’avons aucun rôle à jouer. Tant d’intérêts sont en jeu qu’il est difficile d’en prédire l’issue. Mais je crois que ce ne sera pas une guerre longue. Elle ne durera pas plusieurs mois, ni même un an.

Ce qui est très important, c’est que ce régime a un calcul très simple concernant cette guerre. Ils affirment que les États-Unis ne peuvent pas renverser le régime par des bombardements ; ils en sont absolument certains.

Deuxièmement, ils pensent que s’ils acceptent les conditions américaines – ou même une grande partie d’entre elles (les États-Unis ont proposé un plan en 15 points) – cela entraînerait un chaos interne et affaiblirait le régime de l’intérieur, ouvrant la voie à un puissant soulèvement populaire. Les dirigeants du régime redoutent ce scénario.

Ils subissent également une forte pression en raison de la guerre. Par exemple, s’ils renoncent à leurs ambitions nucléaires, demain, au sein même du régime – non seulement la population iranienne, mais aussi des membres influents – se demanderont : pourquoi avons-nous dépensé autant d’argent ? Pourquoi avons-nous souffert pendant 30 ans pour ce projet ? Pourquoi avons-nous payé un tel prix ?

Le chaos s’installerait alors au sein du régime. C’est pourquoi le régime iranien n’est pas prêt à accepter un cessez-le-feu tant qu’il pourra lancer des missiles. Tant qu’il disposera de missiles, il continuera.

Libertatea : L’Union européenne doit-elle s’impliquer dans la résolution du conflit en Iran ?

Mohammad Mohaddessin : Elle le doit, et elle le peut. La question est de savoir comment les pays européens peuvent s’impliquer : par quels moyens et sous quelle forme.

À notre avis, l’Union européenne et des pays importants comme la France, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni peuvent jouer un rôle très positif. Leur rôle principal est d’appeler à un cessez-le-feu et, simultanément, à un changement de régime en Iran.

La réponse de l’Union européenne doit comporter deux volets : nous soutenons la paix et nous soutenons un changement de régime en Iran. Les dirigeants de l’UE doivent affirmer clairement qu’ils ne peuvent tolérer ni ce régime brutal ni cette guerre.

Mais s’ils se contentent de dire que la guerre doit cesser, c’est précisément ce que souhaite le régime iranien. Le droit du peuple iranien à changer de régime doit également être reconnu. Nous voulons la paix et la liberté.

Libertatea : Vous êtes un opposant de longue date à la dictature en Iran et avez passé quatre ans en prison. Quels ont été les moments les plus difficiles ?

Mohammad Mohaddessin : J’ai été condamné à 15 ans de prison, mais lors du soulèvement contre le Shah, alors que son régime s’effondrait, tous les prisonniers politiques, y compris moi-même, ont été libérés. J’ai passé environ quatre ans en prison.

La situation dans les prisons sous le régime du Shah était exactement le même qu’aujourd’hui sous ce régime : beaucoup de torture, beaucoup de pression. De nombreuses personnes ont été tuées, exécutées sans procès équitable.

J’ai été torturé pendant de longs mois. Une phrase était bien connue des tortionnaires du régime du Shah : « Ici, dans cette prison, personne ne règne – ni Dieu, ni le Premier ministre, personne. Les vrais maîtres, c’est moi, le tortionnaire, l’interrogateur et le Shah. »

Pour moi et beaucoup d’autres prisonniers politiques, l’un des souvenirs les plus terribles a été de devoir dire adieu à des amis condamnés à mort qui quittaient la prison pour être conduits au lieu d’exécution.

Bien sûr, la torture est terrible, surtout les coups portés aux pieds – c’était la forme de torture la plus douloureuse. Les tortionnaires comptaient chaque coup, et à chaque fois, il fallait décider d’endurer.

Mon expérience, comparée à celle de beaucoup d’autres, a été bien moins pénible que celle de ceux qui sont morts sous la torture. Mais c’est le prix de la liberté, le prix de la dignité, le prix de ses valeurs. Il faut le payer. Si personne ne paie ce prix, la situation restera inchangée.

Nous voulons que notre peuple ait la possibilité de choisir son gouvernement et son système. Il ne s’agit pas simplement d’un programme politique pour nous ; cela fait partie intégrante de notre vision, de notre idéologie, en tant qu’êtres humains qui suivent un islam démocratique. À nos yeux, gouverner un pays sans son peuple équivaut à une dictature.

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