Le renseignement du CGRI met en garde contre un « mécontentement dans la rue » alors que l’inquiétude liée au carburant s’intensifie

Des unités féminines de résistance de l’OMPI à moto ont défilé à Téhéran le 20 février avec une banderole portant l’inscription : Nous pouvons et nous devons reverser le régime
Par
Mohammad Sadat Khansari
L’appareil de sécurité iranien identifie publiquement le mécontentement interne comme un terrain d’affrontement majeur. Dans une déclaration relayée par les médias d’État le 27 août 2026, le service de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a affirmé que les adversaires de l’Iran avaient changé de stratégie après avoir échoué, selon lui, à obtenir un « changement de régime par des frappes militaires ». Il a énuméré, parmi les nouvelles menaces, l’activation de « cellules de crise », la guerre psychologique, la perturbation des marchés financiers et les opérations de sécurité.
Les médias iraniens avertissent d’une possible explosion sociale en cas de hausse du prix du carburant https://t.co/lKd8ZxAz3f pic.twitter.com/RhOloyGnjv
— CNRI-France (@CNRIFrance) August 25, 2026
Fait marquant, le renseignement du CGRI a mis en garde contre des tentatives visant à exploiter les « faiblesses, pénuries et limites » internes et à « inciter la population à porter son mécontentement dans la rue ». Il a précisé que ses forces se concentreraient sur la lutte contre les actions perturbant « le calme, l’empathie et la cohésion nationale ». Le langage employé est inhabituellement explicite : l’appareil de sécurité lui-même décrit la transformation des griefs économiques et sociaux en manifestations de rue comme une menace nécessitant une action préventive.
Le président du régime, Masoud Pezeshkian, a fait écho à cette préoccupation le 25 août. Dans des propos rapportés par les médias d’État, il a déclaré que les adversaires ciblaient les « questions sociales et le mécontentement économique » pour pousser l’Iran vers des troubles, ajoutant : « Tous mes efforts, ainsi que ceux des responsables du système, visent à préserver l’unité et la cohésion. » Deux jours plus tard, l’agence IRNA a rapporté que M. Pezeshkian avait réuni des responsables économiques et souligné la nécessité de maintenir la stabilité et de contrôler les anticipations inflationnistes.
L’essence redevient un point de tension
L’essence apparaît comme le point de tension le plus immédiat. Le 26 août, l’agence de presse Mehr a rapporté que la police de sécurité économique iranienne intensifiait la surveillance des stations-service. Le commandant de police Hossein Rahimi a indiqué que la surveillance des stations figurait déjà « à l’ordre du jour de la police de sécurité économique » et a précisé que des équipes opérationnelles étaient actives dans tout le pays.
Le moment choisi est politiquement sensible. Le vice-président exécutif Mohammad-Jafar Ghaempanah a déclaré le 26 août que le système actuel de tarification du carburant ne pouvait perdurer et qu’il fallait « inévitablement réformer le prix de l’essence ». Parallèlement, les autorités ont tenté de rassurer une population inquiète alors que de longues files d’attente se formaient dans les stations-service et que le débat sur une éventuelle hausse des prix s’intensifiait.
Le contexte économique aggrave les risques. Les informations disponibles citent des données nationales indiquant que la valeur en dollars du salaire mensuel de base en Iran est passée d’environ 232 dollars en 2016 à 83 dollars en 2026, reflétant l’érosion du pouvoir d’achat due à l’inflation et à la dépréciation de la monnaie. En Iran, le prix de l’essence revêt une importance politique particulière : la hausse soudaine du prix du carburant en novembre 2019 avait déclenché des manifestations à l’échelle nationale.
La Résistance accentue la pression
Au même moment, la Résistance iranienne fait preuve d’une présence organisée à travers le pays. Le 27 août, Simaye Azadi a diffusé des images et publié des détails concernant 60 opérations menées dans diverses villes d’Iran en réaction aux mesures visant à augmenter le prix de l’essence. Ces actions ont visé des bases du Bassidj, des installations gouvernementales et de sécurité, ainsi que des symboles du régime au pouvoir.
Ces opérations ont eu lieu à Téhéran, Karaj, Machhad, Kermanshah, Iranshahr, Chabahar, Dezfoul, Chiraz, Zahedan et dans de nombreuses autres villes. La documentation fournie fait état d’attaques contre des installations du Bassidj et des forces de sécurité, ainsi que de l’incendie de bannières et de symboles de l’État sur l’ensemble du territoire. La Résistance a explicitement lié ces opérations à la question de l’essence et au précédent du soulèvement de novembre 2019.
Tout l’enjeu réside dans cette convergence. Le service de renseignement du CGRI (Corps des gardiens de la révolution islamique) avertit ouvertement que les griefs économiques pourraient se déplacer « dans la rue » ; la police renforce sa présence autour de la distribution de carburant ; de hauts responsables débattent d’une réforme du prix de l’essence inévitable sur le plan économique mais périlleuse sur le plan politique ; et, simultanément, la Résistance organisée déploie une activité opérationnelle nationale précisément autour de cette question. Les dirigeants iraniens ne se contentent pas de gérer une crise économique. Leurs propres déclarations et les mesures de sécurité qu’ils adoptent montrent qu’ils se préparent au pire.