Luttes intestines, effondrement économique et spectre d’un soulèvement en Iran

Par
Mansoureh Galestan
Le régime clérical iranien est en proie à une crise multiforme, pris en étau entre des fractures politiques internes et une économie en ruine. Le désastre économique est sans précédent : le dollar américain atteint 192 000 tomans et la pièce d’or Emami 208 millions de tomans au 22 août 2026. Cette hyperinflation est exacerbée par les sanctions américaines imminentes et la décision des Émirats arabes unis de suspendre leurs transactions financières avec Téhéran.
Dans ce contexte de crise économique, des luttes intestines acharnées ont éclaté quant à l’opportunité de négocier avec les États-Unis. Le 21 août 2026, le président du régime, Massoud Pezeshkian, a déclaré qu’il était temps de mettre fin au conflit, affirmant : « Nous ne céderons en aucun cas à l’intimidation. »
Cependant, les conservateurs ont réagi. Dans deux vidéos publiées sur les réseaux sociaux, le député Hamid Rasaee s’en est pris violemment à l’ancien président Mohammad Khatami ainsi qu’au président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf. Il a notamment évoqué leur soutien au mémorandum diplomatique, déclarant : « Il n’est pas surprenant que Khatami ait fait l’éloge d’un mémorandum d’entente auquel, par principe, le Guide de la Révolution s’opposait. Khatami a agi conformément à ses convictions. Ce qui est étrange et inquiétant, c’est que l’opinion des responsables du pays soit plus proche de celle de Khatami que de celle du Guide de la Révolution ! »
Crises du carburant, arrêt des exportations de pétrole et inflation galopante poussent l’Iran vers l’agitation sociale https://t.co/tTgyrIm2sc pic.twitter.com/SsB3KSuQiG
— CNRI-France (@CNRIFrance) August 21, 2026
Crise énergétique et panique interne
Outre les blocages diplomatiques, un grave déficit énergétique pousse l’État vers un seuil critique. Avec une consommation quotidienne de 135 millions de litres, le gouvernement doit importer 15 millions de litres par jour. Cherchant désespérément à faire peser les coûts sur la population, Pezeshkian a demandé le 21 août 2026 : « Qui a décidé que le gouvernement devait acheter de l’essence à 130 000 tomans pour la revendre à 1 500 tomans ? ». De plus, les raffineries mélangent dangereusement du méthanol bon marché et non conforme aux normes à l’essence pour pallier la pénurie massive.
Cette hausse de prix prévue a terrifié les membres du parlement du régime, qui craignent des troubles civils catastrophiques. Le 19 août 2026, le député Fayazi a averti que l’augmentation du prix de l’essence était une « très mauvaise solution » qui « ne manquera pas d’attiser les tensions politiques au sein de la société ». Le lendemain, le député Zohourian a mis en garde contre le risque que la hausse du prix des carburants ne crée les conditions d’une explosion sociale.
Les médias d’État relaient ouvertement ces craintes de soulèvement populaire. Le 20 août 2026, l’organe de presse officiel Asr Iran a mis en garde le gouvernement contre la répétition des erreurs du passé, soulignant que l’essence était désormais « pris en otage par le gouvernement et le peuple ». La publication a mis en garde contre la répétition de la catastrophe de novembre 2019, affirmant que l’arrogance du gouvernement pourrait « engendrer un désastre sanglant et regrettable par imprudence, alors même qu’il se prétend prudent ».
Dans une interview du 21 août, l’agence de presse officielle ILNA a cité Ali Shariati, membre de la Chambre de commerce, qui a averti que tout blocage de fonds iraniens, de sociétés intermédiaires ou de banques iraniennes aux Émirats arabes unis « pourrait représenter une somme considérable ». ILNA a décrit Dubaï comme un important canal financier pour le commerce iranien, tout en notant que les autorités émiraties n’avaient annoncé aucune saisie officielle, alors même qu’Abou Dhabi avait suspendu les transactions commerciales suite aux allégations selon lesquelles Téhéran aurait tiré des missiles balistiques vers les voies maritimes régionales.
Accélération des difficultés et répression croissante
L’asphyxie financière ravage le quotidien du peuple iranien. Le 22 août 2026, des médias d’État comme Eqtesad News et Jam-e Jam ont rapporté que des pénuries pharmaceutiques affectent désormais les analgésiques, les médicaments pour l’estomac et les psychotropes de base fabriqués en Iran. Heydar Mohammadi Pirsalehi, directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), a admis que le plafonnement strict des prix contraint les fabricants à interrompre leur production, tandis que l’explosion des coûts de transport et l’endettement abyssal du secteur laissent les rayons des pharmacies complètement vides.
Au lieu de s’attaquer à ces défaillances systémiques, le régime recourt à la force brute contre les populations vulnérables. Le 22 août 2026, les forces de l’État ont démoli les maisons d’habitants démunis du quartier de Jangalook, à Chabahar. La violence d’État est tout aussi meurtrière aux frontières. Le 20 août 2026, deux jeunes porteurs de carburant baloutches périrent brûlés vifs lors d’une poursuite par les forces de sécurité, et un porteur kurde fut tué par balle à Sardasht le 19 août 2026.
L’incapacité du pouvoir en place à gérer ces crises en cascade a révélé son désespoir profond. Reconnaissant le caractère intenable de la situation actuelle, Pezeshkian a ouvertement appelé à la fin du conflit le 21 août 2026, admettant de graves pénuries nationales et critiquant les opposants radicaux pour leur incapacité à comprendre la situation désespérée à laquelle sont confrontés le gouvernement, le parlement et les commandants militaires.
Cependant, cet appel n’est pas une simple manœuvre de politique étrangère ; il s’agit d’une tentative désespérée de sa faction pour persuader Khamenei de boire le « coup de grâce » des négociations. Alors que l’État est en proie à une paralysie socio-politique et que la société iranienne est en proie à des développements imprévisibles, la volonté de survie de Pezeshkian ne peut qu’aggraver les divisions internes, d’autant plus qu’il attend désormais l’inévitable contre-attaque des factions rivales au sein d’un régime au bord de l’effondrement.