Le régime iranien sous pression : scandales, hyperinflation galopante et manifestations

Par
Mansoureh Galestan
Les manifestations, les risques croissants d’hyperinflation et les affrontements armés avec les forces de sécurité exercent une pression sans précédent sur le régime iranien. Le dimanche 2 août 2026, des retraités de Téhéran, Machhad, Kermanshah et Shush se sont rassemblés pour dénoncer les graves difficultés économiques, la corruption et l’érosion de leur pouvoir d’achat. Malgré une chaleur extrême dépassant les 50 °C à Shush, les retraités affiliés à la Sécurité sociale sont descendus dans la rue en scandant : « Ce n’est que dans la rue que nous obtiendrons nos droits » et « Notre ennemi est ici même ; ils mentent en disant que c’est l’Amérique ». À Téhéran, les manifestants ont également exigé la libération de syndicalistes emprisonnés, clamant : « Du pain, du travail, de la liberté ; une vie digne est le droit de chacun ».
🚨 Libérez les prisonniers !
Iran – 2 août | Dans la province du Guilan, les retraités de l'Éducation nationale réclament la libération des prisonniers.
Ils scandent :
« L'ouvrier emprisonné, l'enseignant emprisonné, le manifestant emprisonné doivent être libérés ! » pic.twitter.com/gp9MhgVZJw— Afchine Alavi (@afchine_alavi) August 2, 2026
Ces troubles trouvent leur origine dans une grave crise économique intérieure, reconnue même par des personnalités proches du pouvoir. Dans une interview publiée le samedi 1er août 2026 par l’agence de presse étatique ILNA, l’économiste Hossein Raghfar a qualifié la situation économique actuelle de l’Iran de « très défavorable », avertissant que les politiques de change en vigueur pourraient précipiter l’économie dans une hyperinflation totale. Le même jour, le journal étatique “Tosee Iranian” a rapporté que « le coût de la vie a doublé entre décembre et juillet », l’inflation du secteur du logement atteignant un sommet inégalé depuis 19 mois. Par ailleurs, le site web étatique “Nabz-e Gheimat” a signalé, le 1er août 2026, que le prix d’une boîte de 30 œufs avait dépassé les 850 000 tomans à Téhéran, qualifiant cet événement de « l’un des plus choquants sur le marché ces dernières années ». Des analystes cités par le site d’information étatique “Khabar Online” ont attribué cette inflation principalement à « l’incertitude politique et à la situation de « ni guerre ni paix » .
La détresse de la population est aggravée par des détournements de fonds publics systémiques, mis en lumière par des audits gouvernementaux officiels. Zabihollah Khodaeian, chef de l’Organisation d’inspection générale, a admis que 20 676 particuliers et entreprises détiennent près de 94 milliards d’euros au titre d’engagements en devises étrangères non restitués. Ces capitaux ont transité par des « mandataires » — un réseau de courtiers offshore mis en place par le régime pour contourner les sanctions américaines. M. Khodaeian a publiquement reconnu que « certains mandataires ont commis une trahison », signalant qu’un courtier s’était enfui avec 200 millions d’euros. Réagissant à ce rapport, Gholamreza Dehghan Naserabadi, membre de la commission de l’énergie du Parlement, a déclaré publiquement que « la collusion et la corruption sous-jacentes à cette affaire sont considérables et que la situation est très louche ».
Hausse des pertes au sein des forces de sécurité sur fond d’aggravation des crises sociales
Au-delà des manifestations de travailleurs, les affrontements violents entre individus armés et forces de sécurité de l’État se multiplient. Le dimanche 2 août 2026, l’agence de presse Mehr, affiliée au ministère du Renseignement, a rapporté que trois membres des forces de l’ordre avaient été tués lors d’un affrontement armé à Shadegan. Les médias d’État ont indiqué que les agents étaient tombés dans une embuscade alors qu’ils tentaient de mener une opération d’arrestation contre ce qu’ils qualifiaient de « trafiquants d’armes ».
Ces événements font suite à d’autres incidents violents survenus dans le sud-est de l’Iran. Le jeudi 30 juillet 2026, les médias officiels ont rapporté que des individus armés, circulant à bord de trois véhicules, avaient ouvert le feu sur un point de contrôle de la police à Iranshahr, tuant un agent. La veille, le mercredi 29 juillet 2026, des médias d’État affiliés à la Force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont rapporté qu’un autre officier avait été abattu alors qu’il se rendait au travail dans la même ville.
Alors que le niveau de vie continue de s’effondrer sous l’effet de décisions systémiques — telles qu’une mesure administrative de 2014 réduisant les pensions publiques de 30 à plus de 60 % — et que des dizaines de milliards d’euros restent introuvables à l’étranger, la frustration populaire se conjugue de plus en plus à l’insécurité. La combinaison de manifestations généralisées de retraités et de jeunes en quête d’emploi, de la dégradation structurelle de l’économie et d’affrontements meurtriers contre le régime témoigne d’une stabilité précaire et en voie de détérioration pour l’establishment clérical.