Le régime iranien réprime avec une extrême violence pour contrer une révolte imminente

Des manifestants envahissent les rues d’une ville iranienne lors du soulèvement de janvier 2026
Par
Safora Sadidi Mohammadi
Au lendemain de la récente guerre et face à un effondrement économique croissant, la dictature cléricale iranienne a lancé une vaste campagne de répression visant à empêcher l’émergence d’une nouvelle vague de protestations.
Coupures d’Internet prolongées, exécutions, arrestations massives et coercition économique : le schéma est clair – étouffer la dissidence avant même qu’elle ne puisse s’organiser.
Coupures d’Internet et paralysie économique
Pendant plus de 46 jours consécutifs, l’Iran a subi des perturbations et des coupures d’Internet généralisées, privant des millions de personnes de communication et de travail. Les conséquences sont graves et mesurables.
À 10h80, la coupure d'internet en Iran continue de nuire gravement aux vies et aux moyens de subsistance, le pays entrant dans son 46e jour sans accès international. Malgré un léger élargissement du système de listes blanches, les Iraniens doivent prendre des risques pour tenter… https://t.co/0q1wA6n36H
— CNRI-France (@CNRIFrance) April 14, 2026
Hamidreza Ahmadi, membre de l’Association iranienne du commerce électronique, a averti que 10 millions d’Iraniens dépendent de l’accès à Internet international pour leurs moyens de subsistance. Il a souligné que cette dépendance dépasse largement le cadre des entreprises technologiques : « De nombreuses entreprises économiques ne sont pas nécessairement des entreprises numériques, mais elles dépendent vitalement des outils de communication modernes pour leurs échanges commerciaux.»
Avec la restriction de la connectivité, « toutes les activités de ces entités ont été perturbées », affectant une « très grande partie de l’économie nationale ».
L’impact est visible dans tous les secteurs. Les petites entreprises ont fait faillite, les travailleurs indépendants ont perdu des revenus et les opérations commerciales sont au point mort. Les citoyens témoignent devoir payer des prix exorbitants pour accéder à un Internet limité via des VPN, sacrifiant souvent leurs dépenses essentielles pour rester connectés.
Dans une économie moderne, Internet est aussi indispensable que l’électricité. Son absence a paralysé de larges pans de l’économie iranienne.
Inflation, pertes d’emplois et survie au quotidien
Cette coupure numérique s’ajoute à une crise économique déjà grave. L’inflation alimentaire a atteint 89,9 %, tandis que dans les provinces les moins développées, elle a dépassé les 70 %. Les données officielles indiquent une inflation annuelle de 50,6 %, une inflation par rapport aux prix habituels de 71,8 % et, dans certains cas, des hausses de prix alimentaires supérieures à 112 %.
Les projections économiques officielles annoncent une aggravation de la situation. Selon un scénario, l’inflation annuelle pourrait atteindre 120,5 %, et l’inflation par rapport aux prix habituels 141,3 %, sous l’effet des déficits budgétaires, des faiblesses structurelles et du coût de la guerre.
Pour les citoyens ordinaires, ces chiffres sont synonymes d’effondrement.
Un ouvrier du secteur pétrochimique a décrit les conséquences des perturbations industrielles : « Ce n’est pas du chômage, c’est la destruction. »
Il a indiqué que des dizaines de milliers de travailleurs ont perdu leur emploi, et que beaucoup d’autres sont menacés de licenciement, sans perspective de reprise.
Les petits commerçants sont tout autant touchés. Un commerçant témoigne : « J’ai tout soldé avec des réductions de plus de 60 %, mais personne n’achète. »
Un autre a ajouté que les banques continuent de l’avertir de poursuites judiciaires malgré son incapacité à rembourser ses dettes : « Nous n’avons aucun revenu ; où allons-nous trouver l’argent ?»
Les familles puisent désormais dans leurs économies à long terme pour couvrir leurs dépenses quotidiennes, renonçant à tout projet de logement ou d’investissement pour survivre.
Exécutions et arrestations comme moyen de dissuasion
Face à la pression économique croissante, l’État a intensifié la répression judiciaire. Les autorités ont déclaré que les procédures judiciaires se déroulent désormais dans des conditions de temps de guerre, supprimant de fait les protections habituelles. Le chef du pouvoir judiciaire a déclaré : « Le système judiciaire… fonctionne selon des modalités de temps de guerre, et non selon des règles de temps de paix.»
Cette escalade coïncide avec une forte augmentation des exécutions : plus de 2 200 exécutions ont eu lieu en Iran en 2025, dont au moins 314 cas recensés en janvier et 353 en février 2026.
Au cours des trois dernières semaines, 14 prisonniers politiques ont été exécutés, dont des personnes liées à des activités de protestation. Plusieurs autres personnes ont été condamnées à mort pour avoir participé à des manifestations début janvier 2026.
Les condamnés étaient accusés, entre autres, d’avoir participé à des manifestations, scandé des slogans ou commis des actes présumés qui restent à prouver. Selon des témoignages, ils auraient subi de fortes pressions physiques et psychologiques pour leur extorquer des aveux et se seraient vu refuser l’accès à un avocat.
Les arrestations se sont étendues à des individus accusés de vendre des VPN, de communiquer avec des médias étrangers ou de documenter des événements. Les autorités ont également entrepris de confisquer les biens et de geler les comptes bancaires de ceux qualifiés d’opposants. Le message est clair : toute dissidence sera punie avec la plus grande sévérité.
Le contrôle s’étend à la vie quotidienne
La répression ne se limite pas aux tribunaux ; elle influence désormais la vie économique quotidienne. Des chefs d’entreprise rapportent avoir été contraints de fournir des biens et des services à des rassemblements progouvernementaux sous peine de fermeture ou de saisie de leurs biens. L’un d’eux a décrit avoir reçu l’ordre de fournir de grandes quantités de lait et d’autres produits : « Si vous refusez, ils menacent de vous fermer et de confisquer vos biens.»
Cette situation accentue les difficultés des entreprises déjà fragiles tout en renforçant le contrôle local.
Parallèlement, les autorités ont étendu les restrictions financières. Des ordres ont été émis pour identifier et saisir les biens des citoyens accusés d’opposition à l’État, y compris ceux résidant à l’étranger. Les transferts de propriété sont bloqués et les comptes bancaires gelés.
Même la sécurité économique de base est devenue conditionnelle.
Militarisation et signes de tensions internes
L’évolution la plus révélatrice est peut-être la rhétorique qui émerge au sein même du système.
Une personnalité proche de l’État a récemment plaidé pour une formation généralisée au maniement des armes, déclarant : « L’éducation aux médias, c’est apprendre à assembler et à utiliser un fusil.»
Il a exhorté hommes et femmes à suivre une formation militaire et a proposé d’installer des simulateurs de tir dans les espaces publics afin que les adolescents puissent « se familiariser avec le bruit des coups de feu ».
Il a également reconnu de profondes divisions internes et une incertitude quant à la direction que prend le pays : « Nous ne savons pas où va le pays.»
Ces déclarations indiquent que les dirigeants se préparent non seulement aux menaces extérieures, mais aussi à une révolte interne. Face à son incapacité à résoudre les crises structurelles qui ont alimenté les soulèvements nationaux de 2017, 2019, 2022 et 2026 — crises désormais aggravées par les conséquences de la guerre de 40 jours —, le régime semble se préparer à une révolte plus importante, plus radicale et plus turbulente de la part d’une population qui n’a plus grand-chose à perdre.
Le régime iranien réprime avec une extrême violence pour contrer une révolte imminente