Iran : Le voyage en Antarctique de l’adjoint de Pezeshkian suscite des critiques

Shahram Dabbiri, adjoint du président du régime iranien, Pezeshkian, avec son épouse devant le navire Plancius
Par
Shahriar Kia
Une vague d’indignation a éclaté en Iran après la révélation selon laquelle Shahram Dabbiri, adjoint aux affaires parlementaires sous le président Massoud Pezeshkian, aurait effectué un voyage luxueux en Antarctique pendant les vacances de Norouz, alors que des millions d’Iraniens sont confrontés à d’énormes difficultés économiques. Si le scandale a suscité l’indignation de l’opinion publique, la plupart des révélations et des condamnations au sein du régime lui-même semblent moins ancrées dans la responsabilité de rendre des comptes que dans des règlements de comptes politiques. Des factions rivales ont profité de l’incident pour se discréditer mutuellement, tandis que d’autres, cherchant désespérément à se démarquer de la colère publique, ont condamné Dabbiri, non par principe, mais pour blanchir leur propre rôle dans la corruption systémique du régime.
Des photos partagées sur Instagram le 23 mars – supprimées par la suite – montraient Dabbiri et son épouse posant devant le Plancius, un navire de croisière néerlandais parti d’Ushuaïa, en Argentine, pour un voyage de dix jours vers l’Antarctique à cette même date. Selon des informations de presse corroborées par le site de suivi des navires MarineTraffic, le navire traversait la mer de Scotia, près de l’Antarctique, lorsque les images ont été publiées.
#Iran News in Brief
The regime's Vice President Mohammad Mokhber's statement against people who enjoy a lavish lifestyle unleashed a new wave of criticism on #socialmedia where users reacted by posting pictures of his own brother.#hypocrisy https://t.co/SfL7mZIVhF pic.twitter.com/c7mWZwdmVn
— NCRI-FAC (@iran_policy) June 3, 2022
Devant la colère publique croissante, le bureau des affaires parlementaires de la présidence a publié une déclaration le 26 mars via ISNA, qualifiant ces allégations de « rumeurs » et insistant sur le fait que « les images publiées sont anciennes ». Cependant, cela n’a fait qu’alimenter le scepticisme, notamment après qu’il a été constaté que Dabbiri n’avait pas assisté à la dernière réunion du cabinet et qu’aucune explication officielle n’avait été fournie pour son absence.
Les critiques ont été vives et impitoyables. Mohammad Mohajeri, commentateur politique principiste, a écrit le 25 mars : « Même si ce voyage a été financé personnellement, il ne correspond certainement pas à l’image de M. Pezeshkian, inspirée du Nahj al-Balagha. Il doit être démis de ses fonctions.»
Nahj al-Balagha est un recueil vénéré de sermons, de lettres et de sentences attribués à l’imam Ali, le premier imam chiite. Il est souvent cité par les responsables iraniens comme un modèle de gouvernance éthique, de justice et de leadership modeste, bien que les critiques soulignent le contraste saisissant entre les politiques et actions du régime.
Le sociologue Mohammad Fazeli a fait écho à ce sentiment sur Entekhab News le 26 mars : « Si cette information est vraie, le président ne doit pas hésiter à le destituer. Comprendre la gravité des souffrances de la population est le strict minimum d’un homme d’État. On ne peut pas masquer cela en disant : “C’est mon propre argent.” »
Who’s Behind #Iran’s Car Smuggling Business?
75,000 foreign luxury cars are imported 4 Iranian regime’s state officials every year. Released with paying the least customs duties, many of the cars are illegally imported and even smuggled into the country. https://t.co/E89vd3xt8K pic.twitter.com/cs18KWmrdj— NCRI-FAC (@iran_policy) May 23, 2018
Ce scandale est particulièrement incendiaire au vu de l’aggravation de la crise économique en Iran. Le jour même du départ présumé de la croisière, le rial iranien a encore chuté, le dollar américain franchissant la barre des 100 000 tomans – un effondrement symbolique du pouvoir d’achat qui a déclenché la panique sur les marchés financiers.
Parallèlement, alors que l’escapade de Dabbiri en Antarctique faisait le buzz sur les réseaux sociaux en persan, de nouvelles révélations ont émergé sur son passé de corruption et de népotisme. Selon IRNA (juin 2020), Dabbiri a été arrêté en 2020 par les services de renseignement du CGRI pour malversations financières présumées alors qu’il était président du conseil municipal de Tabriz, mais a ensuite été blanchi.
Aujourd’hui, le quotidien Shargh Daily rapporte que Dabbiri a recruté des proches dans son bureau : « Le fils de son beau-frère a été nommé vice-ministre de la Jeunesse, un autre membre de sa famille a été nommé à un poste important à la vice-présidence, et son frère siège désormais au conseil d’administration de la Fédération iranienne de football.»
Les tentatives maladroites du régime pour minimiser le scandale n’ont fait qu’envenimer la situation. La réponse officielle du gouvernement, relayée par Hamshahri Online le 26 mars, affirmait que « ce voyage avait eu lieu les années précédentes, lorsque Dabbiri n’occupait aucun poste officiel.» Cependant, des utilisateurs des réseaux sociaux ont rapidement souligné que la croisière Plancius correspondant à la photo n’avait décollé que le 23 mars 2025, dévoilant ainsi le mensonge.
#Iran News in Brief:
Following the national outrage about Mohammad Bagher #Qalibaf family’s lavish trip to #Turkey to buy luxury baby stuff, a state-run newspaper is calling for the parliament's speaker to resign.https://t.co/UH6Tg92OTx pic.twitter.com/NvHuJzHH5G
— NCRI-FAC (@iran_policy) April 21, 2022
Vahid Ashtari, militant proche de l’État, connu pour avoir révélé le « scandale des achats pour son bébé » impliquant la famille du président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a écrit avec ironie : « Un voyage en Antarctique est honteux, surtout pour un gouvernement arrivé au pouvoir en lisant Nahj al-Balagha. Mais au moins, ces gens publient fièrement leurs photos, contrairement aux hypocrites qui se rendent en Turquie pour acheter des vêtements pour bébés et prônent ensuite un mode de vie djihadiste. »
Ce dernier incident a ravivé l’attention du public sur la culture du privilège et de l’hypocrisie de l’élite dirigeante. Les Iraniens ordinaires, confrontés à une inflation galopante, à l’insécurité alimentaire et à la disparition des services publics, regardent désormais les proches du régime passer leurs vacances aux confins de la planète.