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Les institutions belges font barrage à la stratégie de communication de Reza Pahlavi à Bruxelles

Les institutions belges font barrage à la stratégie de communication de Reza Pahlavi à Bruxelles
Berlin, 23 avril 2026 ; Reza Pahlavi s’exprime lors d’une conférence de presse à Berlin

Berlin, 23 avril 2026 ; Reza Pahlavi s’exprime lors d’une conférence de presse à Berlin
Par
Farid Mahoutchi

La visite prévue de Reza Pahlavi en Belgique était initialement conçue autour du type d’imagerie que son appareil politique recherche depuis longtemps : un accès aux enceintes parlementaires, des rencontres avec des responsables occidentaux et des apparitions au sein d’institutions, autant d’éléments pouvant être présentés ultérieurement comme la preuve d’une certaine importance sur la scène internationale.

En réalité, cette visite a surtout mis en lumière les limites d’une telle stratégie.

La réception envisagée à la Chambre des représentants de Belgique a été annulée. Une tentative ultérieure d’obtenir un espace au sein du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale a également échoué. Des responsables belges ont souligné publiquement que M. Pahlavi ne pouvait être considéré comme un représentant de l’opposition iranienne, tandis que certains observateurs ont averti que les engagements restants risquaient d’être instrumentalisés à des fins d’autopromotion politique, sans pour autant refléter une quelconque position institutionnelle de la Belgique.

Cet épisode est significatif, moins en raison de la personne de Reza Pahlavi lui-même que du mécanisme politique qu’il révèle : la manière dont un accès soigneusement mis en scène peut être transformé en une image de légitimité ou de stature que les institutions concernées ne lui confèrent pourtant pas réellement.

Une invitation sans poids institutionnel
La controverse a éclaté après que Georges-Louis Bouchez, président du parti libéral francophone belge (le MR), a proposé d’inviter Reza Pahlavi au Parlement, à la suite d’une rencontre préalable à Paris.

Cette proposition s’est immédiatement heurtée à des résistances. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a averti que Pahlavi ne pouvait être présenté comme la voix de l’opposition iranienne, qualifiant cette dernière de « particulièrement diversifiée ». Il a préconisé de donner la parole à d’autres courants et a mis en garde contre le risque qu’une invitation soit interprétée comme un soutien de la Belgique à une faction en particulier.

Mais Maxime Prévot est allé, par la suite, beaucoup plus loin. Le 23 octobre, répondant publiquement à un élu du MR qui exhortait la Belgique à reconnaître Pahlavi comme le « représentant légitime » du peuple iranien et le dirigeant rassembleur de l’opposition démocratique, le ministre des Affaires étrangères a rejeté cette demande. « Décider qui doit diriger l’Iran », a-t-il écrit, « est un choix qui doit appartenir aux seuls Iraniens. » Il a souligné que d’autres personnalités et mouvements prétendent également représenter l’opposition iranienne, et que le gouvernement belge n’accorderait pas une telle reconnaissance politique à Pahlavi.

Le 21 octobre, les responsables parlementaires ne sont pas parvenus à s’entendre sur sa venue, et l’événement, initialement prévu pour le 5 novembre, a été annulé.

Le média belge 21News a résumé l’issue de la situation de manière directe : « Reza Pahlavi pas le bienvenu à la Chambre ». Une rencontre privée peut certes permettre de prendre des photos, mais elle ne confère pas le même statut qu’une réception parlementaire officielle.

 

Un second lieu d’accueil fait défaut
Une tentative de déplacer l’événement au Parlement de Bruxelles a également échoué, face à l’opposition des groupes politiques qui y siègent.

Cet enchaînement a rendu la tendance de plus en plus claire : chaque fois que la visite risquait de revêtir la symbolique d’un soutien institutionnel, les acteurs politiques belges ont tracé une limite. Les partisans de Pahlavi, quant à eux, ont cherché à présenter son invitation à s’exprimer à l’École royale militaire de Belgique — ainsi qu’un petit-déjeuner prévu avec le ministre de la Défense, Theo Francken — comme quelque chose de plus significatif qu’une simple opportunité de prise de parole : ils y ont vu le signe que les autorités belges s’orientaient vers une reconnaissance de Pahlavi en tant que représentant légitime de l’opposition iranienne. Cette interprétation a été explicitement rejetée par le cabinet de Theo Francken lui-même.

Le 23 octobre, le cabinet du ministre de la Défense a déclaré que cette invitation ne constituait « en rien » un soutien politique à une forme de gouvernement ou à un mouvement politique en particulier. Ainsi, la mise en scène soigneusement élaborée — faite d’enceintes militaires et de rencontres ministérielles, potentiellement utile à la campagne de propagande de Pahlavi — a perdu sa portée, les responsables belges ayant eux-mêmes refusé de conférer à ces images la signification politique que ses partisans tentent de leur prêter.
Le député du parti Groen, Staf Aerts, a averti que Pahlavi pourrait tirer profit de cette rencontre « pour renforcer sa position politique ». Il a souligné que la politique étrangère belge ne soutient aucun individu ni aucune faction en tant que future direction de l’Iran, et s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles une tribune liée au secteur de la Défense devrait offrir une caution politique que le Parlement avait refusé d’accorder.

 

Cet avertissement est d’une franchise inhabituelle, car il touche au cœur du problème : non pas ce que Pahlavi déclare à Bruxelles, mais l’usage qui pourrait être fait, par la suite, des images provenant de Bruxelles.

Mobilisation des communautés iraniennes avant l’annulation

Ce revirement parlementaire fait également suite à une campagne organisée par des communautés iraniennes en Europe. Avant que l’invitation ne soit annulée, 47 associations iraniennes — présentes en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg et en France — ont adressé un courrier au Premier ministre belge, au ministre des Affaires étrangères ainsi qu’aux présidents des deux chambres du Parlement. Elles y exprimaient leur opposition à la réception envisagée, ainsi qu’à la rencontre prévue entre Pahlavi et le ministre de la Défense, Theo Francken. Parmi les signataires figuraient des associations représentant des femmes, des jeunes, des universitaires, des médecins, des réfugiés politiques et des communautés iraniennes établies dans plusieurs pays européens.

Bon nombre de ces signataires ont témoigné — pour eux-mêmes ou pour leurs proches — avoir subi l’emprisonnement, la torture ou l’exécution sous la dictature du Shah. Ils ont fait valoir qu’offrir une tribune institutionnelle au fils de ce dernier revenait à ignorer les victimes de la SAVAK, ainsi que la longue lutte menée par les Iraniens contre la dictature, qu’elle soit de nature monarchique ou cléricale.

 

Cette opposition ne s’est pas limitée aux seules organisations iraniennes. Seize personnalités belges — issues du monde politique, juridique, universitaire et de la société civile — ont, de leur côté, exhorté les autorités belges à ne pas présenter Pahlavi comme une alternative à la dictature cléricale. Elles ont souligné que les futurs dirigeants de l’Iran doivent être issus d’un choix politique libre, et non résulter de la promotion, depuis l’extérieur, d’un nouveau modèle autoritaire. Six associations irano-belges ont par la suite salué la décision du Parlement d’annuler la réception, y voyant le refus d’accorder une légitimité institutionnelle à une personnalité dépourvue de mandat démocratique pour représenter les Iraniens. L’enchaînement des faits a son importance : l’opposition s’était organisée avant l’annulation, et n’a pas été inventée a posteriori pour justifier celle-ci.

 

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