Le triste sort du lac Oroumieh
Le 25 mars 2025, le président du régime iranien Massoud Pezeshkian a effectué une visite photo au lac d’Oroumieh
Par
Mansoureh Galestan
Préparé pour témoigner de son inquiétude pour l’environnement, le président du régime iranien, Massoud Pezeshkian, a en réalité exposé l’ampleur de la corruption et les défaillances systémiques qui ont conduit le lac d’Oroumieh, autrefois l’un des plus grands lacs salés du monde, au bord de l’effondrement total.
Lors d’une visite très médiatisée le 25 mars, Pezeshkian s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles les 27 projets de restauration approuvés pour le lac d’Oroumieh n’avaient pas été mis en œuvre sous les administrations précédentes. Ce qui a pu apparaître comme un geste de responsabilisation a été largement interprété comme un aveu voilé d’incompétence institutionnalisée et de pillage par le régime lui-même. Des observateurs ont noté que cette question ne faisait que souligner les détournements financiers et la mauvaise gestion environnementale persistants qui ont miné la réponse du régime aux crises écologiques iraniennes.
Dans des propos relayés par l’ISNA, Pezeshkian a appelé à la collaboration d’experts, y compris de sources internationales, et a exprimé l’espoir qu’une augmentation des précipitations contribuerait à la renaissance du lac. Mais écologistes et analystes politiques ont critiqué ses propos, les qualifiant de rhétorique creuse, pointant du doigt les véritables responsables du déclin du lac : des décennies de construction de barrages non réglementés, notamment par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), et le détournement des ressources en eau pour des projets agricoles et industriels liés au régime.
« Le lac d’Oroumieh ne s’est pas asséché à cause de la nature ; il a été systématiquement étranglé par la corruption », a fait remarquer un analyste. Des milliards de fonds publics destinés à la restauration ont été détournés ou gaspillés, tandis que des projets d’infrastructures liés au CGRI ont coupé les apports naturels d’eau du lac, scellant son sort. Selon ses critiques, le détournement de Pezeshkian en faveur des gouvernements précédents est une tactique courante chez les responsables du régime qui tentent de se distancier des dommages causés par le système même qu’ils représentent.
Les propos de Pezeshkian ont coïncidé avec plusieurs autres reconnaissances très médiatisées de l’effondrement systémique du régime. Le 24 mars, Majid-Reza Hariri, président de la Chambre de commerce Iran-Chine, a révélé que 25 milliards de dollars de marchandises étaient introduits clandestinement en Iran chaque année, qualifiant la corruption de « systémique » et avertissant que « si nous ne colmatons pas les brèches dans ce navire, nous coulerons tous ».
Par ailleurs, le Centre iranien des statistiques a confirmé la persistance de la pression inflationniste, avec une forte hausse des prix des denrées alimentaires essentielles, comme le riz iranien (+14,3 %), les haricots pinto (+27,7 %) et l’agneau (+3,5 %), en mars 2025. Ces hausses de prix font suite à une inflation alimentaire plus large de 41 %, supérieure à la moyenne nationale officielle de 37,1 %. Les médias d’État préviennent que l’inflation globale pourrait dépasser 50 % d’ici mi-2025, plaçant l’Iran parmi les économies les plus instables du monde.
Dans le secteur de l’énergie, Arash Najafi, président de la Commission de l’énergie de la Chambre de commerce iranienne, a qualifié l’année 1403 iranienne d’année d’« échecs historiques », soulignant que les pénuries de gaz, d’électricité et de carburant ont coûté à l’économie iranienne plus de 6 milliards de dollars de pertes industrielles. Il a critiqué la stratégie énergétique du régime, la qualifiant de réactionnelle et de crise, entraînant des pannes de courant généralisées et des arrêts de production.
Autre révélation au sein du régime : un ancien député iranien a récemment reconnu un détournement de pétrole de plusieurs milliards de dollars, affirmant que 4,6 milliards de dollars de recettes d’exportation pétrolière n’étaient jamais revenus au pays. Selon Gholamali Imenabadi, 2,2 milliards de dollars de cette somme manquante sont liés à un seul individu politiquement connecté : un « Aghazadeh » (enfant de l’élite) qui contrôlerait 32 pétroliers. Cet aveu intervient dans un contexte d’intensification des luttes intestines entre les factions du régime et fait suite à une surveillance croissante des opérations de contrebande de carburant gérées par l’État.
Alourdissant le fardeau public, les autorités municipales de Robat Karim ont annoncé une augmentation de 45 % des tarifs des transports publics au début de la nouvelle année, une mesure qui a suscité de nouvelles réactions négatives, le pouvoir d’achat des ménages continuant de s’éroder sous la pression économique croissante.
Pour de nombreux Iraniens, la visite de Pezeshkian au lac d’Oroumieh est devenue symbolique : non pas d’une préoccupation environnementale, mais des démonstrations creuses de responsabilité du régime et de l’absurdité de compter sur les précipitations pour remédier aux conséquences des pillages autorisés par l’État. Dans un pays où même des proches du régime reconnaissent désormais une corruption « systémique », la prestation maladroite de Pezeshkian n’a fait qu’aggraver la situation.