Pénuries de carburant et envolée de l’indice de misère : le régime iranien au bord du gouffre

Par
Amir Taghati
Le régime théocratique iranien est confronté à une crise de paralysie politique et économique, illustrée par un revirement désastreux dans la province de Kerman. Le 13 août 2026, les autorités ont lancé un dispositif expérimental fixant le prix de l’essence au coût de raffinage, soit 87 200 tomans le litre, avant de l’annuler quelques heures plus tard face à l’hostilité immédiate de la population. Ce recul rapide a fait suite à un aveu explicite, le 8 août 2026, du président du régime, Masoud Pezeshkian : il a reconnu qu’un blocus naval américain visant les ports iraniens avait coupé les voies d’importation vitales, privant le gouvernement des réserves financières nécessaires pour se procurer du carburant à l’étranger.
À cette pression extérieure s’ajoute un déficit énergétique structurel aigu que les infrastructures étatiques ne peuvent plus masquer. Les raffineries iraniennes, souffrant de décennies de sous-investissement et d’un manque de modernisation, produisent un carburant dont l’indice d’octane avoisine 85 — soit dix unités en dessous des normes requises —, selon Hosseini, porte-parole du Syndicat des exportateurs de pétrole, de gaz et de produits pétrochimiques d’Iran ; ce dernier a ajouté que les importations de carburant sont actuellement impossibles.
Alors que la consommation nationale quotidienne atteint 129 millions de litres pour une capacité de production intérieure de seulement 115 millions de litres, l’État fait face à un déficit journalier insoutenable de 14 millions de litres. Pour faire durer les stocks, les autorités ont drastiquement réduit les quotas et limité le ravitaillement à 15 litres par passage à la pompe, laissant les automobilistes en plan.
Dans les régions du sud accablées par la chaleur, comme Bouchehr et Hormozgan, la colère publique a atteint son paroxysme alors que les températures avoisinent les 50 °C. Le journal pro-gouvernemental « Sobh-e Sahel » a rapporté, le 11 août 2026, que malgré la levée des restrictions de ravitaillement et le doublement des allocations sur les cartes de rationnement par les procureurs locaux, des files d’attente interminables continuent de paralyser les villes. Contraints d’attendre des heures sous une chaleur étouffante, les citoyens ont exprimé leur mépris ouvert face à l’inaction du gouvernement. Le 10 août 2026, un habitant de Bouchehr a exprimé sa colère auprès des autorités locales en ces termes : « Monsieur le Gouverneur… faites-nous une faveur : sortez de la fraîcheur de votre climatiseur pendant dix minutes pour constater les problèmes que rencontrent ces gens ! »
On ne tire pas sur la faim https://t.co/nMW4mL5uqU pic.twitter.com/ZAROvriofj
— CNRI-France (@CNRIFrance) August 13, 2026
Fractures entre factions et effondrement économique
Ces tensions sociales généralisées ont déclenché une lutte acharnée entre les différentes factions de l’appareil au pouvoir. Le 9 août 2026, le député Motafaker-Azad a lu une déclaration parlementaire, signée par une majorité de législateurs, mettant en garde M. Pezeshkian contre toute nouvelle politique provoquant un choc sur les prix du carburant ; il a souligné : « Malheureusement, on entend dire à nouveau que le gouvernement continue de prôner des hausses de prix. »
Lors d’une intervention diffusée par les médias officiels le 10 août 2026, le député Hashemi a averti que « la population ne peut véritablement plus supporter ces problèmes », tandis que le député Hossein Emami-Rad a prévenu qu’une augmentation des prix en pleine guerre et en période d’inflation chronique entraînerait de graves « conséquences sociales et sécuritaires ».
Ces inquiétudes parlementaires s’ancrent dans un effondrement macroéconomique historique. Le média officiel *Tejarat News* a rapporté que l’indice de misère de l’Iran — combinant taux de chômage et inflation en glissement annuel — a dépassé les 100 % dans 19 provinces, atteignant une moyenne nationale de 96 % en juillet 2026. Dans des provinces comme celle d’Ilam, l’indice a grimpé jusqu’à 120,6 %, tandis qu’il oscillait entre 115 % et 119 % dans le Lorestan, le Kurdistan, le Kermanshah et l’Hormozgan.
Parallèlement, des banques publiques ont commencé à geler les comptes de la Compagnie pétrolière nationale iranienne en raison d’impayés ; cette crise de liquidités interne s’ajoute aux sanctions du Trésor américain et à une grave érosion des bilans financiers, un phénomène également relevé par l’agence Reuters.
Alors que la gestion de l’État se délite — comme en témoignent les informations du média officiel *Shargh* faisant état de 12 incendies criminels ayant ravagé 1 000 hectares de la réserve naturelle de Miankaleh entre le 17 juillet et le 3 août 2026, ainsi que les rapports de *Fararo* sur des incendies industriels meurtriers survenus le 10 août 2026 — les protestations populaires se muent en un rejet politique pur et simple.
Des retraités du secteur des télécommunications ont manifesté à Téhéran, Ispahan et Ahvaz, marchant directement vers les bâtiments officiels en scandant : « Ce n’est que dans la rue que nous obtiendrons nos droits ! » et « Nous ne voulons pas d’un gouvernement incompétent ! ». Prise en étau entre les blocus étrangers, la faillite industrielle et une population qui refuse désormais d’absorber les chocs économiques, l’élite cléricale de Téhéran voit sa marge de manœuvre se réduire rapidement.