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L’illusion de la survie : Comment les fractures d’après-guerre démantèlent le régime iranien

L’illusion de la survie : Comment les fractures d’après-guerre démantèlent le régime iranien
25 janvier 2025 : Lors d’un rassemblement organisé par l’État

25 janvier 2025 : Lors d’un rassemblement organisé par l’État, une femme brandit une pancarte où l’on peut lire : « Zarif l’américain doit être exécuté ».
Par
Ali Safavi

Après la guerre entre les États-Unis, Israël et le régime iranien, Téhéran a revendiqué la victoire, arguant que le système n’avait pas été renversé. Mais cette affirmation repose sur un postulat erroné. En réalité, le conflit représente une victoire à la Pyrrhus – une survie obtenue à un prix si dévastateur qu’elle a profondément fracturé les fondements du pouvoir au sein du régime.

La guerre a entraîné l’élimination sans précédent du Guide suprême (Ali Khamenei), des plus hauts responsables politiques du régime et des hauts gradés du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Si les luttes intestines ont toujours existé au cours des plus de quarante ans d’histoire du régime, les conflits passés visaient principalement le partage du pouvoir. Aujourd’hui, la fracture interne a radicalement changé : il s’agit d’une lutte existentielle pour la survie du régime, une lutte acharnée pour déterminer quelle voie politique et quelle faction sont capables de préserver l’État.

Cette décapitation de l’ancienne garde n’a pas unifié le système face à cette menace existentielle ; au contraire, les signes internes révèlent de graves difficultés économiques, une société extrêmement instable et une élite dirigeante visiblement fragmentée. Plus important encore, la crise a atteint le pilier central du régime iranien : le Velayat-e Faqih (pouvoir clérical absolu). Le différend ne se limite plus à la simple question de savoir s’il faut négocier avec les États-Unis. La question de savoir si Mojtaba Khamenei, présenté comme le nouveau Guide suprême après la mort de son père, a l’autorité nécessaire pour imposer une ligne unique aux factions restantes du régime est devenue un enjeu majeur.

1. Censure et fuites dans les médias d’État

Incident du 4 juin : La télévision d’État (IRIB) a censuré le message d’anniversaire de Mojtaba Khamenei à Ruhollah Khomeini, omettant les mises en garde contre « l’extrémisme volontaire ». Les factions rivales ont dénoncé un « coup d’État médiatique contre le bureau du Guide », contraignant la télévision d’État à diffuser ultérieurement le texte intégral sous prétexte d’une « erreur technique de montage ». Même le message écrit du nouveau Guide suprême n’a pas été diffusé intégralement par la chaîne officielle.
Interruption du 20 juin : Le député conservateur Mahmoud Nabavian a lu en direct à la télévision des extraits d’une correspondance hautement confidentielle détaillant les critiques de Mojtaba à l’égard des négociations. La diffusion a été brutalement interrompue et le département politique de la télévision d’État l’a accusé d’avoir déformé le contenu de documents classifiés.
L’interview de Ghalibaf du 30 juin : La télévision d’État a brutalement interrompu un entretien enregistré avec le président du Parlement et négociateur en chef, Mohammad-Baqer Qalibaf, alors qu’il expliquait les termes de l’accord (levée du blocus, gel des avoirs et un crédit de 300 milliards de dollars pour la reconstruction). Si la télévision d’État a invoqué un problème technique, la réalité politique était limpide : les explications du négociateur officiel avaient été censurées par son propre régime.
2. L’instrumentalisation des propos du Guide suprême

Le message du 18 juin : Mojtaba Khamenei a publié une déclaration concernant l’accord avec les États-Unis, contenant la phrase clé : « En principe, j’avais un avis différent.» Les conservateurs (dont Hossein Shariatmadari du journal Kayhan) se sont emparés de cette phrase pour affirmer que le gouvernement et le Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) avaient court-circuité ou exercé des pressions sur le Guide suprême. Ils ont transformé ses paroles en une arme contre l’équipe de négociation, exigeant des lignes rouges strictes (contrôle du détroit d’Ormuz, levée des sanctions et limitation du programme nucléaire). À l’inverse, ses partisans affirmaient que ce message légitimait le processus. Le fait que les deux camps aient utilisé exactement la même phrase l’un contre l’autre démontre que la parole du nouveau Guide suprême n’a plus valeur d’ordre définitif.
3. Rébellion institutionnelle

Pression parlementaire : En juin, 96 députés ont écrit directement à Mojtaba Khamenei pour lui signifier que les pourparlers avec les États-Unis étaient préjudiciables. Invoquant une « dette de sang » pour l’élimination d’Ali Khamenei et les victimes de la guerre, ils ont exigé vengeance. Il s’agissait d’une tentative directe de la part de membres influents du régime d’imposer leur ligne politique au nouveau Guide suprême.
Fraction au sein du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) : Le 22 juin, Nabavian a révélé qu’au sein du CSSN, 12 des 13 membres soutenaient l’accord avec les États-Unis, laissant le conservateur Saeed Jalili comme seul dissident. Au lieu de coordonner la sécurité stratégique, le Conseil est devenu un champ de bataille factionnel où s’affrontaient les différentes interprétations des propos de Mojtaba Khamenei.
Défiance de l’Assemblée des experts : Le 29 juin, 63 membres de l’Assemblée des experts – l’organe constitutionnellement chargé de nommer et de superviser le Guide suprême – ont posé des lignes rouges strictes concernant les négociations, une mesure approuvée par 84 députés le 2 juillet. Au lieu de faire preuve d’une obéissance absolue, l’Assemblée a tenté de définir des paramètres autour de Mojtaba Khamenei.
4. Escalade idéologique et existentielle

L’accusation de « quasi-coup d’État » : Le 2 juillet, le député Ghazanfari a accusé le président du régime, Massoud Pezeshkian, et le président du Parlement, Qalibaf, d’avoir perpétré un « quasi-coup d’État politique » afin de renforcer le pouvoir du Conseil national de sécurité nationale (CNSN) tout en affaiblissant le rôle du Guide suprême et du Parlement.
Contestation de l’autorité : Le même jour, le vice-président Mohammad-Jafar Ghaem-Panah a suscité la polémique en déclarant que si tout ce que dit le Guide suprême devait être appliqué sans contrôle, les institutions étatiques comme le Parlement devenaient superflues. Cette déclaration a provoqué une vive condamnation de la part de Kayhan et des imams de la prière du vendredi (Ahmad Khatami et Ahmad Alamolhoda), qui ont réaffirmé que l’obéissance absolue au Guide suprême était non négociable.
5. Divisions publiques et militaires

Invention des funérailles : Lors des cérémonies funéraires d’Ali Khamenei, le 4 juillet, des participants radicaux ont instrumentalisé l’événement pour protester contre le gouvernement, scandant « Mort au compromis » et brandissant des pancartes exigeant le retour à la « véritable vision » du Guide suprême. Cette manifestation, censée afficher l’unité, a au contraire révélé de profondes divisions internes.
Fractures au sein du Corps des gardiens de la révolution islamique : Le 4 juillet, Abdollah Haji-Sadeghi, représentant du Guide suprême auprès du Corps des gardiens de la révolution islamique, a adressé une directive urgente aux commandants, aux gardiens et aux forces Bassidj. Leur ordonnant de considérer le message de Mojtaba du 18 juin comme la parole définitive, il les a mis en garde contre toute accusation interne de trahison ou de négligence, confirmant ainsi que les divisions politiques d’après-guerre ont infiltré l’appareil sécuritaire et coercitif vital du régime.
Conclusion : Une crise de légitimité

L’accumulation de ces fractures démontre que la crise d’après-guerre du régime est structurelle et non superficielle. En éliminant l’ancienne garde, notamment le Guide suprême, les hauts responsables et le haut commandement des Gardiens de la révolution, le conflit n’a pas seulement mis le système à l’épreuve ; il a brisé le consensus qui unissait autrefois ses factions rivales. Avec des médias d’État pratiquant une censure sans précédent, des institutions étatiques débattant ouvertement des limites du pouvoir clérical absolu et un appareil de sécurité des Gardiens de la révolution lui-même en proie à des frictions internes, le régime iranien est confronté à un dilemme existentiel. La survie n’a pas été synonyme de victoire ; elle a au contraire inauguré une ère de vulnérabilité inédite où le concept même de Velayat-e Faqih est ouvertement contesté de l’intérieur.

 

L’illusion de la survie : Comment les fractures d’après-guerre démantèlent le régime iranien

 

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