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La géométrie de la coercition : pourquoi les dictateurs dictent les termes de la résistance

La géométrie de la coercition : pourquoi les dictateurs dictent les termes de la résistance
Le soulèvement national en Iran contre la dictature religieuse

Le soulèvement national en Iran contre la dictature religieuse est entré dans son septième jour consécutif le samedi 3 janvier 2026.
Par
la rédaction

Dans l’aube grise de la fin du mois de mai 2026, les potences de l’appareil judiciaire iranien ont tourné une fois de plus, tranchant le fil d’une nouvelle jeune existence. L’appareil médiatique officiel de l’État, opérant avec son dogmatisme stérile habituel, a annoncé l’exécution d’Abbas Akbari Feyz-Abadi. Le qualifiant de « chef des émeutes nationales » dans la ville de Nain, le régime l’a rapidement condamné, à huis clos, pour *Moharebeh* (« inimitié envers Dieu »), incendie criminel et résistance armée.

Conformément à leur scénario éculé, les dirigeants de Téhéran ont tenté de dépeindre Feyz-Abadi comme un aventurier imprudent — un insurgé chaotique cherchant à semer le désordre pour le désordre. Mais sous l’épaisse couche de propagande sécuritaire se cache une réalité sociologique profonde que les tyrans cherchent désespérément à occulter : Abbas Akbari n’était pas un homme en quête d’ennuis. C’était un citoyen ordinaire dont la vie professionnelle et civique a été systématiquement étouffée, jusqu’à ce que ses poumons s’effondrent sous le vide asphyxiant d’une répression étatique totale.

Son exécution nous contraint à affronter une question plus profonde et plus troublante, qui résonne des rues d’Iran jusqu’aux amphithéâtres universitaires du monde entier : pourquoi une étudiante abandonne-t-elle sa salle de cours pour faire face à la ligne de mire mortelle de l’État ? Pourquoi un boulanger, un enseignant ou un commerçant dépose-t-il ses outils pour prendre les armes ? Pourquoi une adolescente risque-t-elle tout son avenir, sa jeunesse et sa vie même sur le bitume imprévisible d’un soulèvement ?

La grande illusion sociologique
Le récit dominant, propagé par les autocrates — et souvent repris naïvement par des commentateurs déconnectés des réalités —, veut que ceux qui se révoltent ne soient mus que par l’angoisse de la jeunesse, le fanatisme idéologique ou une imprudence personnelle. Il s’agit là d’un mensonge délibéré, conçu pour dépouiller la résistance de toute rationalité. Les analyses sociologiques et historiques livrent un verdict radicalement différent : les opprimés ne choisissent jamais la méthode de leur lutte. C’est toujours le régime au pouvoir qui dicte et impose les termes de l’affrontement.

Les êtres humains possèdent un biais inhérent, fruit de l’évolution, en faveur de la paix, de la stabilité et de la survie. Nul n’échangerait de bon gré une carrière confortable, un dîner familial paisible ou un avenir universitaire contre une froide cellule de prison ou un rendez-vous avec le bourreau. Lorsqu’une structure politique permet de véritables réformes, la liberté de réunion, l’existence de syndicats indépendants, une presse dynamique et de véritables urnes électorales, le mécontentement s’écoule naturellement par ces canaux pacifiques.

Mais lorsqu’une dictature verrouille chaque soupape d’expression civile ; lorsque les marches pacifiques sont accueillies par des tirs à balles réelles ; et lorsqu’un cri de justice poussé par une mère est traité comme un acte de trahison, c’est le régime lui-même qui trace les plans de la résistance armée. La tyrannie prive la population de toute alternative. Dans ce contexte, la résistance radicale n’est pas une « aventure » volontaire ; c’est une nécessité tragique et contrainte — l’ultime rempart de la dignité d’une nation.

Un parallèle d’un demi-siècle : du Shah à nos jours
Cette loi sociologique n’est pas propre à l’actuelle autocratie religieuse de Téhéran. Elle constitue la tragédie récurrente de l’histoire iranienne moderne. Pour comprendre le sort de la jeunesse d’aujourd’hui, il faut remonter exactement un demi-siècle en arrière, à cette même semaine de mai 1972, lorsque le tribunal militaire de la dictature du Shah exécuta trois brillants jeunes intellectuels : Mohammad Hanifnejad, Saeid Mohsen et Asghar Badizadegan — les fondateurs de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK).

À l’instar des jeunes hommes et femmes qui remplissent aujourd’hui les couloirs de la mort en Iran, ces trois individus étaient loin d’être de simples agitateurs irresponsables. Ils incarnaient le sommet de l’élite instruite d’Iran :

• Mohammad Hanifnejad : Un ingénieur agronome aux dons exceptionnels, diplômé de la prestigieuse Université de Tabriz.
• Saeid Mohsen : Un ingénieur civil dévoué qui a mis son expertise au service de la construction d’infrastructures et de l’organisation des secours lors de tremblements de terre dévastateurs.
• Asghar Badizadegan : Un ingénieur chimiste hautement respecté et un éminent professeur à l’Université de Téhéran.

Ces hommes ont entamé leur parcours politique non pas en tant que combattants clandestins, mais comme réformistes pacifiques, agissant dans le cadre légal du Front national et du Mouvement pour la liberté. Ils croyaient sincèrement que par la mobilisation civique, la défense juridique et le dialogue démocratique, ils pourraient amener une monarchie despotique à rendre des comptes sur le plan constitutionnel.

Au lieu de laisser respirer l’espace civique, la dictature du Shah a choisi la voie de l’élimination totale. Le régime a interdit tous les partis indépendants, emprisonné les militants pacifiques et transformé la nation en un État policier à parti unique, dirigé par le redouté SAVAK.

En fermant toutes les portes au changement pacifique, le Shah a laissé aux esprits les plus brillants d’Iran un choix déchirant : se résigner à l’insignifiance historique et à la complicité, ou sacrifier leur vie personnelle, leur carrière d’élite et leur avenir pour bâtir une résistance organisée.

Ils ont choisi cette dernière voie. L’organisation qu’ils ont fondée, née des cendres de réformes pacifiques écrasées, a résisté à plus de soixante ans de vagues d’exécutions incessantes, de massacres et de campagnes de diabolisation. Aujourd’hui, elle s’est transformée en le pivot essentiel d’un réseau de résistance national à l’intérieur de l’Iran, ainsi qu’en un point de convergence pour la politique internationale relative à la démocratie iranienne.

Le Feu impérissable
L’ironie historique de la tyrannie réside dans son incapacité absolue à tirer les leçons de ses propres échecs. Le Shah croyait qu’en exécutant Hanifnejad et ses pairs en 1972, il avait réussi à décapiter le mouvement pour la liberté. Au contraire, ces exécutions ont catalysé une indignation publique irrépressible qui a culminé avec la révolution de 1979.

Aujourd’hui, le régime clérical répète exactement la même erreur. Il exécute des hommes tels qu’Abbas Akbari Feyz-Abadi, espérant terroriser une population en effervescence pour la réduire à la soumission. Il propage un faux récit présentant ceux qui résistent comme des hors-la-loi, dans l’espoir de les isoler du reste de la société.

Mais la conscience collective d’une nation ne saurait être réécrite par des décrets d’État. Lorsqu’un boulanger voit ses enfants mourir de faim sous le joug du pillage économique, lorsqu’une étudiante voit ses camarades assassinées pour avoir laissé apparaître leurs cheveux, et lorsqu’une génération entière voit son avenir mis aux enchères par une classe dirigeante corrompue, la peur de la potence s’évanouit.

Le régime actuel n’a rien appris du Shah, et il n’apprendra rien de la sociologie. Mais la loi de l’histoire demeure absolue : lorsqu’une dictature rend impossible la révolution pacifique, elle rend inévitable une résistance organisée et inébranlable. Le feu allumé en mai 1972 par trois jeunes ingénieurs continue d’alimenter le courage de ceux qui se tiennent aujourd’hui dans les rues de Nain et de Téhéran. Les tyrans peuvent choisir la manière dont ils oppriment, mais ils ne pourront jamais choisir la manière dont ils chutent.

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