L’effondrement de la stratégie régionale du régime iranien
Par
Mehdi Oghbai
Ces dernières semaines, les autorités iraniennes ont été dépêchées dans la région, tentant désespérément d’empêcher une frappe militaire israélienne et un éventuel soutien américain par un mélange de menaces et de supplications. Pourtant, alors que les personnalités militaires et religieuses de Téhéran ajoutent à leur rhétorique agressive, l’échec de la stratégie régionale du régime en Iran devient évident. Cela est notamment évident dans la position sans précédent de responsables libanais. Signe de la faiblesse croissante d’Ali Khamenei.
#Iranian Regime Escalates #Nuclear Threats as Diplomatic Efforts and Calls for Islamic Unity Failhttps://t.co/5H710VjrCg
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Un faux pas diplomatique
Le changement de cap est devenu évident après que Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement du régime, a accordé une interview exclusive au Figaro le 17 octobre. Ghalibaf a suggéré que Téhéran était prêt à négocier avec la France pour mettre en œuvre la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a affirmé : « L’Iran est prêt à discuter avec la France de mesures spécifiques pour faire respecter la résolution 1701, en vue d’un cessez-le-feu dans le sud du Liban. »
La résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006, visait à mettre fin au conflit entre Israël et le Hezbollah en imposant un cessez-le-feu, le retrait des forces israéliennes et le déploiement de l’armée libanaise et des forces de maintien de la paix de l’ONU pour sécuriser le sud du Liban, tout en appelant au désarmement des acteurs non étatiques comme le Hezbollah.
#Iranian Regime’s FM Araghchi Scrambles to Bolster Proxy Forces Amid Military Setbackshttps://t.co/E7XjSmEJsF
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Les commentaires de Ghalibaf ont provoqué une réponse rapide et énergique du Liban. Le Premier ministre par intérim Najib Mikati a qualifié les propos de Ghalibaf d’« ingérence manifeste » dans les affaires libanaises, et a convoqué le chargé d’affaires iranien à Beyrouth. La déclaration de Mikati a été directe : « Nous sommes étonnés par cette position, qui équivaut à des tentatives inacceptables d’imposer une tutelle sur le Liban. »
Ses commentaires mettent en évidence la patience décroissante des dirigeants libanais à l’égard de l’influence de longue date de Téhéran dans leur pays, en particulier par l’intermédiaire de son mandataire, le Hezbollah. La personnalité politique libanaise Samir Geagea a fait écho aux sentiments de Mikati, affirmant que « cette position reflète les opinions de tous les Libanais. »
Malgré les efforts de Téhéran pour présenter un front diplomatique, la réponse libanaise marque un revers important, exposant les fissures dans la stratégie régionale de Téhéran. Pendant des années, le régime clérical a tenu la région en otage par l’intermédiaire de son réseau de mandataires, en particulier au Liban, où il a utilisé le Hezbollah pour éliminer des opposants politiques tels que Rafic Hariri. S’opposer à la domination de Téhéran au Liban est depuis longtemps dangereux, mais les récents développements indiquent que la tendance pourrait s’inverser.
Après de vives critiques de la part des responsables libanais, le parlement du régime a rapidement rétracté ses déclarations antérieures, les médias affiliés au gouvernement affirmant que les commentaires de Ghalibaf sur un cessez-le-feu au Liban avaient été « mal interprétés » – un signe clair que le régime fait marche arrière sous la pression.
Pezeshkian’s Desperate #Qatar Trip: Sham Diplomacy Amid #Iranian Regime’s Military Setbackshttps://t.co/aKgsvCfKZ2
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Une lutte pour contenir la crise
Pendant ce temps, le ministre des Affaires étrangères du régime, Abbas Araqchi, s’est lancé dans une tournée régionale effrénée, visitant huit pays depuis son entrée en fonction, dont le Liban, la Syrie, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Irak, Oman et, plus récemment, la Jordanie et l’Égypte. Ses rencontres à Amman le 16 octobre et au Caire le 17 octobre ont été des engagements de haut niveau rares, soulignant le désespoir croissant de Téhéran. Cette activité diplomatique intense révèle la véritable intention de Téhéran : faire pression sur les gouvernements régionaux pour qu’ils le protègent d’éventuelles frappes israéliennes, alors que le régime est confronté à un isolement croissant et à la menace imminente de représailles militaires. En particulier, la visite d’Araqchi en Jordanie, la première d’un ministre iranien des Affaires étrangères depuis 2014, souligne l’urgence que Téhéran ressent à renforcer le soutien régional dans un contexte de détérioration rapide de la situation.
Messages contradictoires
Malgré les manœuvres diplomatiques de l’Iran, le message interne du régime a envoyé des signaux contradictoires, révélant une lutte plus profonde pour gérer le moral au plus bas de ses forces de sécurité et de ses mandataires régionaux. Alors que les diplomates de Téhéran poussent à la désescalade, les figures de la ligne dure continuent de faire preuve d’une rhétorique agressive, essayant désespérément de convaincre les forces nationales et alliées que le régime reste fort et capable de traverser la crise.
Dans une récente interview télévisée, Mohammad Mehdi Mirbagheri, membre de l’Assemblée des experts, a déclaré que le conflit était « inévitable », affirmant même que les pertes humaines à grande échelle étaient un moyen justifié d’atteindre les objectifs idéologiques du régime. « Pour atteindre l’objectif divin, même si la moitié de la population mondiale devait périr, cela en vaudrait la peine », a-t-il affirmé, déclenchant l’indignation sur les réseaux sociaux.
Pendant ce temps, des religieux comme Hassan Ameli ont continué leurs discours incendiaires, Ameli déclarant qu’« Israël peut martyriser Yahya Sinwar cent fois, mais il n’atteindra jamais son objectif ». Ces déclarations provocatrices, associées à des menaces voilées sur les ambitions nucléaires de l’Iran, illustrent que la faction radicale de Téhéran reste peu disposée à faire preuve de retenue, même si le régime cherche désespérément des voies diplomatiques pour éviter un nouveau conflit.
Le gambtit de Khamenei
Derrière ces messages contradictoires se cache un régime qui lutte pour garder le contrôle, tant au niveau national que régional. Depuis l’année dernière, le régime clérical s’est lancé dans un pari dangereux, croyant pouvoir tirer parti de ses mandataires régionaux pour étendre son influence sans déclencher un conflit plus large. Aujourd’hui, alors que les tensions régionales s’intensifient et que la menace d’une action militaire se profile, Téhéran apparaît de plus en plus isolé. Si la communauté internationale, déterminée à empêcher un conflit plus large, souhaite véritablement instaurer une paix durable au Moyen-Orient, elle doit s’attaquer à la cause profonde de la crise : la peur profonde de Khamenei de soulèvements intérieurs, qui l’a contraint à rechercher des distractions extérieures pour détourner l’attention des troubles internes.