Le procès de Noury : Shadi Sadr témoigne des tentatives du régime iranien d’effacer les preuves du massacre de 1988

Mercredi 23 mars a marqué la soixante-dix-septième séance du procès de Hamid Noury en Suède.
Par
Mansoureh Galestan
Mercredi 23 mars a marqué la soixante-dix-septième séance du procès de Hamid Noury en Suède. Noury, responsable pénitentiaire iranien, a été appréhendé en 2019 à son arrivée en Suède en raison de son implication dans le massacre en 1988 de plus de 30 000 prisonniers politiques, principalement des membres et des sympathisants de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI).
Au cours de la session de mercredi, Mme Shadi Sadr, experte en droit international et l’une des fondatrices de l’organisation Justice for Iran (JFI), a témoigné.

Le procès de Noury : Shadi Sadr témoigne des tentatives du régime iranien d’effacer les preuves du massacre de 1988
Selon son site Internet, la JFI « vise à faire rendre des comptes aux auteurs de violations graves des Droits de l’Homme, y compris, mais sans s’y limiter, les crimes contre l’humanité, la torture, les disparitions forcées, les crimes de guerre et le génocide, qui ont été commis en Iran ou par des responsables iraniens ».
En tant que l’un des fondateurs de la JFI, Mme Sadr a également mené plusieurs recherches sur le génocide de 1988, les violations systématiques des Droits de l’Homme en Iran et le sort des femmes iraniennes sous la théocratie misogyne au pouvoir en Iran.
Depuis 2010, Mme Sadr et ses collègues de la JFI ont entamé de vastes recherches sur le mauvais traitement systématique des prisonniers politiques par les mollahs.
Dans une partie de son témoignage, Mme Sadr a souligné qu’elle et la JFI ont commencé à faire des recherches sur le sort des familles des victimes du massacre de 1988. Elle a souligné que d’après leurs recherches, Téhéran avait refusé de remettre les corps des victimes à leurs proches. Ainsi, de nombreuses familles pensent que leurs proches sont enterrés dans des fosses communes, comme celle de Khavaran, près de Téhéran.
Mme Sadr a également fait la lumière sur les tentatives de Téhéran de détruire systématiquement toutes les fosses communes et tout autre élément de preuve concernant le massacre de 1988.
Mme Sadr a aussi fait référence à ses longs entretiens avec des survivants du massacre de 1988, aujourd’hui membres de l’OMPI résidant à Achraf 3 en Albanie. Selon Mme Sadr, elle a interviewé près de 50 membres de l’OMPI pendant des heures et a visité le Musée de la Résistance à Achraf 3.
Il convient de noter qu’en août 2021, le lieu du procès de Hamid Noury a été transféré en Albanie à la demande des procureurs, afin que le juge, les procureurs et les avocats puissent entendre les témoignages importants de sept membres de l’OMPI qui ont survécu au génocide de 1988 et qui sont des plaignants dans l’affaire Noury. Noury, cependant, a dû rester en Suède, où il est détenu pour crimes de guerre.
Contexte
En 1988, le Guide Suprême du régime iranien de l’époque, Ruhollah Khomeini, a considéré l’OMPI et son interprétation progressiste de l’islam comme une menace sérieuse pour son règne et son idéologie. Il a donc décidé d’éliminer tous ceux qui ne voulaient pas se soumettre et choisir le destin plutôt que la foi. L’ensemble du régime aurait préféré que ces dizaines de milliers de jeunes fassent allégeance au régime et retournent dans leurs familles avec le message que la dissidence contre Khomeini est futile. Au lieu de cela, ces hommes et ces femmes se sont tenus debout et ont choisi de mourir pour une idée qui continuerait à inspirer l’amour, l’égalité et la prospérité pour les générations à venir. Les soulèvements d’aujourd’hui en Iran montrent que le message et l’esprit de ceux qui ont été exécutés en 1988 sont toujours vivants et qu’ils ne sont pas morts en vain.
En effet, l’héritier désigné, puis limogé, de Khomeini, feu l’ayatollah Hossein Ali Montazeri, a déclaré aux membres de la Commission de la mort le 14 août 1988 : « Les Moudjahidine du peuple ne sont pas des individus ; ils représentent une idéologie et une vision du monde. Ils ont une logique. Il faut la bonne logique pour répondre à la mauvaise logique. Vous ne pouvez pas rectifier le mal avec des meurtres ; vous ne faites que l’étendre.«
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