Dans l’économie iranienne en ruine, les travailleurs luttent pour survivre avec des salaires inférieurs au seuil de pauvreté

Le 30 septembre 2025 — Kermanshah, ouest de l’Iran. Des retraités de la fonction publique, de l’armée, de la sécurité sociale, de la santé, des télécommunications et d’autres secteurs se sont rassemblés pour réclamer justice et des retraites équitables.
Par
Safora Sadidi Mohammadi
Dans l’Iran d’aujourd’hui, l’inflation chronique a privé la classe ouvrière de son droit le plus fondamental : vivre dans la dignité. Pour des millions de travailleurs, les salaires ne suffisent plus à assurer la vie ; ils ne font que retarder l’effondrement. La survie ne s’obtient qu’en sacrifiant la santé, l’alimentation, le logement et l’éducation.
Selon des estimations indépendantes, une famille de trois personnes travaillant à Téhéran a besoin d’environ 50 millions de tomans par mois pour couvrir les besoins essentiels tels que le logement, l’alimentation, les soins de santé et les transports. Pourtant, le salaire minimum, fixé par le Conseil suprême du travail du régime pour 2025-2026, n’est que de 10,3 millions de tomans. Même en ajoutant de faibles allocations pour le logement (1 million), l’alimentation (1,5 million) et la pension alimentaire (500 000 par enfant), un travailleur marié avec deux enfants gagne à peine 13 à 15 millions de tomans, soit moins d’un tiers du montant nécessaire.
Un écart croissant entre les salaires et les moyens de subsistance
Le coût de la vie à Téhéran a atteint des niveaux sans précédent. Les estimations des services sociaux situent le « panier de subsistance de base » à 25-30 millions de tomans, mais avec les dépenses cachées – soins médicaux d’urgence, scolarisation des enfants et augmentation des charges – ce chiffre approche facilement les 50 millions de tomans. Le logement à lui seul absorbe 35 à 70 % des revenus d’un travailleur, acculant les familles à l’endettement et à la dépendance.
Ce fossé entre salaires et coûts n’est pas accidentel ; il est le résultat de politiques délibérées. Alors que l’inflation galope, les salaires restent gelés. En septembre 2025, l’inflation ponctuelle a atteint 45,3 %, son plus haut niveau en 28 mois. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 57,9 %, tandis que le pain, l’aliment de base, a bondi de 94,3 %. Un kilo de poulet coûte désormais 115 000 tomans, le riz iranien 250 000 et la viande rouge plus d’un million. Même les lentilles et les haricots, autrefois la protéine du pauvre, coûtent entre 160 000 et 300 000 tomans le kilo. Pour une famille de trois personnes, la seule nourriture nécessite désormais près de 20 millions de tomans par mois.
Logement : un fardeau insurmontable
Le logement est devenu la plus grande crise pour les travailleurs. Dans les quartiers populaires de Téhéran comme Narmak ou Naziabad, un modeste appartement de 60 mètres carrés nécessite un dépôt de 400 à 500 millions de tomans et un loyer mensuel de 3 à 14 millions. Dans les quartiers centraux, les loyers dépassent les 20 millions. Les familles consacrent plus de 70 % de leurs revenus au logement, bien au-delà du seuil international de 30 % définissant une « crise du logement ». Il en résulte un endettement généralisé, des prêts et des relocalisations forcées vers des banlieues plus pauvres.
Un système qui alimente l’hyperinflation
Au-delà des salaires et des prix se cache un danger plus profond : le spectre de l’hyperinflation. Des années de mauvaise gestion budgétaire, aggravées par les sanctions et la corruption, ont laissé l’État avec des déficits abyssaux. Au lieu de procéder à des réformes structurelles, le régime a eu recours à la monétisation du déficit, en imprimant de la monnaie pour couvrir les coûts. Alors que la confiance dans le rial s’effondre, la circulation monétaire s’accélère, aggravant encore l’inflation.
La réponse du régime – contrôle des prix et propagande – n’a pas réussi à enrayer la spirale. L’activation des sanctions « snapback » suite à la belligérance persistante du régime concernant son programme d’armement nucléaire n’a fait qu’exacerber les attentes du public, alimentant la panique et l’instabilité sur les marchés.
Le coût pour les travailleurs et les familles
Plus de 60 % des travailleurs iraniens cumulent plusieurs emplois dans une tentative désespérée de faire face aux coûts. Cela entraîne épuisement, baisse de productivité et désintégration des familles. Les fournitures scolaires d’un enfant coûtent désormais 7 à 8 millions de tomans, certains articles augmentant de 200 à 300 %. Chaque nouvelle dépense plonge les familles dans une crise plus profonde.
Avec des salaires réels réduits à moins de 200 dollars par mois (à un taux de change de 110 000 tomans pour un dollar), les travailleurs iraniens vivent à la limite de la survie. Chaque maladie, chaque augmentation de loyer, chaque choc des prix devient une crise potentiellement mortelle.
Plus qu’une question économique : une injustice structurelle
L’effondrement des salaires n’est pas seulement un problème économique ; c’est une injustice sociale. Les travailleurs, piliers de la production iranienne, sont systématiquement marginalisés. Alors que le coût de la vie minimum a été multiplié par 2,7, les salaires stagnent. Sous un régime marqué par la corruption, le pillage des ressources et l’isolement international, la classe ouvrière est abandonnée.
Dans l’Iran d’aujourd’hui, le travail ne garantit plus la vie ; il ne fait que prolonger la survie. Pour les travailleurs du pays, le combat n’est pas une question de prospérité, mais de droit à l’existence.