L’emprise de Khamenei sur le pouvoir s’effrite dans un contexte d’intensification des guerres de factions

Photo d’archives : Débats houleux entre députés du Parlement du régime iranien (Majlis)
Par
Dr. Masumeh Bolurchi
L’activation du mécanisme « snapback » de l’ONU a amplifié les divisions qui couvaient depuis longtemps au sein de la dictature cléricale iranienne, approfondissant les rivalités entre les centres de pouvoir concurrents. Si le rétablissement des sanctions de l’ONU a aggravé l’incertitude économique, les fractures internes du régime, longtemps réprimées sous le contrôle strict du Guide suprême Ali Khamenei, sont désormais de plus en plus visibles.
Le Parlement, le pouvoir judiciaire et les médias contrôlés par l’État s’affrontent ouvertement sur la question de savoir qui porte la responsabilité des échecs de l’accord nucléaire de 2015, des années de mauvaise gestion économique et de la pression croissante exercée par le renouvellement des sanctions. Les analystes soulignent que la médiatisation croissante de ces conflits reflète l’incapacité du régime à maintenir la cohésion au sommet.
Paydari cible Rohani et le pouvoir judiciaire
Le 8 septembre, Rajanews, une plateforme affiliée au parti radical Jebheh Paydari (Front de persistance) dirigé par Saïd Jalili, a accusé le pouvoir judiciaire d’« inaction » dans le traitement des affaires de corruption et de mauvaise gestion très médiatisées liées à l’ancien président Hassan Rohani et à son équipe des négociations.
Rajanews a critiqué la justice pour son incapacité à récupérer les « récompenses astronomiques » prétendument versées aux diplomates de Rohani lors des négociations nucléaires, notamment des « centaines de pièces d’or » distribuées à des personnalités telles que Mohammad Javad Zarif, Ali Akbar Salehi et Abbas Araghchi, malgré l’aveu même de l’équipe selon lequel le résultat du JCPOA était « presque nul ».
Le média a également souligné l’impasse dans laquelle se trouvent les enquêtes sur des centaines de milliers de plaintes contre Rohani, l’ancien président du régime. Selon le président de la Commission parlementaire de l’article 90, au moins deux affaires judiciaires majeures contre l’ancien président restent en suspens après avoir été portées devant la justice.
Pezeshkian sous la pression de ses rivaux
L’actuel président du régime, Massoud Pezeshkian, nommé par Khamenei comme figure de compromis pour équilibrer les factions rivales, est confronté à l’hostilité croissante des factions extrémistes. Bien que Pezeshkian se soit publiquement aligné sur la politique du Guide suprême, des médias proches des pasdarans, comme le quotidien Kayhan, continuent de le présenter comme faible et inefficace.
Cette tension a été soulignée par les récents propos de Mohammad Jafar Qaempanah, adjoint exécutif de Pezeshkian, qui a averti que saper le président revenait à « faire le jeu de l’ennemi ». Il a décrit le régime comme étant dans un état de « cessez-le-feu partiel » et a mis en garde les factions rivales contre l’intensification des conflits internes dans un contexte aussi fragile.
Pourtant, les critiques des médias d’État, dont Kayhan, restent incessantes. Dans un éditorial, Kayhan a accusé Pezeshkian de « confondre guerre et cessez-le-feu » et de ne pas prendre de mesures décisives face à l’escalade de la crise. Ces attaques illustrent à quel point le gouvernement de Pezeshkian est devenu une cible dans la lutte d’influence plus large entre les factions du régime.
L’influence croissante de Jebheh Paydari
Au cœur de cette lutte se trouve Jebheh Paydari, la faction radicale alliée à Saïd Jalili. Rajanews, leur branche médiatique, s’est positionnée comme le « gouvernement fantôme » du régime, s’opposant avec agressivité à toute concession perçue sur le programme nucléaire, tout en affaiblissant ses rivaux au sein de l’appareil d’État.
Cette faction façonne également la politique de succession. Les analystes notent que Jebheh Paydari a discrètement soutenu Mohammad-Mehdi Mirbaqeri, un religieux, comme successeur potentiel de Khamenei, témoignant ainsi d’une volonté de s’assurer un contrôle durable sur la direction du régime. Au Parlement, des personnalités comme Hamid Rasae sont les principaux agents de Paydari, utilisant la pression législative pour contraindre Pezeshkian et isoler les personnalités révisionnistes.
En revanche, les tentatives de Khamenei pour équilibrer ces factions concurrentes – par exemple en renforçant Ali Larijani et Pezeshkian tout en installant discrètement Ali Bagheri Kani, un allié de Jalili, comme adjoint de Larijani – n’ont pas réussi à contenir la soif d’influence de Paydari.
L’affaiblissement de l’emprise de Khamenei
La conséquence la plus frappante de cette dynamique est peut-être l’érosion apparente de l’autorité de Khamenei. Ses récents efforts pour contenir les conflits entre factions et préserver l’unité ont largement échoué, comme en témoignent les attaques incessantes contre Pezeshkian et les appels au sein du Parlement à des mesures aussi extrêmes que le retrait du Traité de non-prolifération nucléaire ou la fermeture du détroit d’Ormuz.
Cet effondrement du contrôle centralisé survient dans un contexte de pressions extérieures accrues, de difficultés économiques renouvelées et de mécontentement public persistant. Même dans les rangs loyalistes – y compris dans certaines sections des pasdarans et du Bassidj – le moral semble décliner, les dirigeants peinant à projeter la stabilité ou à assurer la stabilité.