Le volcan endormi d’Iran est au bord de l’éruption

Par
Mahmoud Hakamian
Au lendemain de la guerre de 12 jours, une question de plus en plus posée par les analystes internationaux – et reprise même par certains médias iraniens affiliés à l’État – est la suivante : l’après-guerre, même dans le contexte d’un cessez-le-feu fragile, offre-t-il une opportunité au régime iranien ? La réponse ne réside pas dans la spéculation, mais dans l’analyse de la manière dont le régime a répondu aux revendications les plus fondamentales exprimées par le peuple iranien depuis plus de quatre décennies.
Répression au lieu de réformes
Avant le déclenchement de la guerre, le régime était déjà soumis à une pression intense sur plusieurs fronts. Sur la scène politique, il était confronté à des vagues de protestations suscitées par des revendications sociales, culturelles et économiques, qui se sont inévitablement transformées en appels à un changement politique plus large. Des droits des femmes à la liberté d’expression, les Iraniens ont constamment remis en question les structures répressives du régime.
Sur le plan économique, la population a enduré des années de pauvreté croissante, d’inflation, d’inégalités et d’une crise des moyens de subsistance de plus en plus grave. À l’échelle internationale, le bellicisme et l’aventurisme idéologique du régime, sous couvert de construction d’un soi-disant « Croissant chiite », ont eu un coût dévastateur pour la nation, drainant des ressources qui auraient dû être consacrées à l’aide sociale.
Si la guerre a temporairement atténué les protestations, le mécontentement sous-jacent n’a pas disparu. Il demeure comme des braises sous la surface, prêtes à se rallumer avec une intensité accrue. Les Iraniens ont pris conscience avec une nouvelle clarté de la façon dont le militarisme du régime a éclipsé et sacrifié leurs besoins les plus fondamentaux. Ce n’est pas la première fois : l’histoire rappelle comment la guerre Iran-Irak a été inutilement prolongée par le régime pour consolider son pouvoir, au prix de plus de mille milliards de dollars de ressources nationales.
La guerre comme outil de répression
Plutôt que de répondre à ces revendications, le régime exploite les conséquences de la guerre comme prétexte pour renforcer son emprise sur le pouvoir. Il a déployé massivement les Gardiens de la révolution, la milice Basij et les forces de police dans les rues, cherchant à semer la peur et à prévenir tout soulèvement potentiel. Les médias officiels ont averti que les manifestations à venir pourraient être bien plus destructrices que celles du passé, reflétant les craintes du régime lui-même.
Pendant des années, le régime a gâché toute opportunité de véritable réforme. Il a systématiquement fermé toutes les voies vers un changement pacifique, ne laissant aucune place aux revendications du peuple. En réponse, le Guide suprême du régime, Ali Khamenei, a opté pour une répression accrue, aggravant le climat de peur et d’intimidation. Mais cette stratégie est à courte vue et dangereuse. Elle finira par se retourner contre lui, déclenchant de nouvelles formes de résistance et de troubles, potentiellement plus organisées.
Régime en crise
Un autre objectif de la stratégie actuelle de Khamenei est de contenir les fractures internes croissantes au sein même du régime. La guerre a laissé des dommages considérables, non seulement matériels, mais aussi psychologiques. De nombreux initiés du régime ont réalisé que malgré des années de propagande, le régime n’a que peu de contrôle sur son propre espace aérien, et encore moins sur la région. Le mythe de la suprématie militaire du régime s’est effondré, brisant 46 ans de discours auto-glorifiants.
En conséquence, les rivalités entre factions et les luttes de pouvoir s’intensifient. Un article récent du journal d’État Jomhuri Eslami, daté du 1er juillet, critiquait certaines figures du régime, appelant à agir contre ceux qui « se font passer pour les leaders idéologiques du système » tout en le sapant de l’intérieur. De telles déclarations révèlent une paranoïa croissante et une perte de cohésion au sein de l’élite dirigeante.
Une société à la limite
Malgré tous ces défis internes, la plus grande crainte du régime reste le peuple lui-même. La nature explosive de la société iranienne, désormais plus consciente et plus déterminée que jamais, est devenue la préoccupation majeure du régime. Khamenei fait tout ce qui est en son pouvoir pour endiguer cette montée, mobilisant toutes les forces de sécurité disponibles pour empêcher ce qu’il sait inévitable.
La situation est devenue si instable que beaucoup pensent qu’une seule étincelle suffirait à déclencher une explosion nationale. Le 30 juin, l’agence de presse officielle Didar News citait Parvaneh Salahshouri, ancienne députée, qui décrivait avec brutalité la situation actuelle du pays : « L’Iran est actuellement comme un volcan endormi. La moindre secousse, le moindre événement désagréable, la moindre étincelle pourrait provoquer une explosion.»
Le message est clair : l’après-guerre n’est pas l’occasion pour le régime de se reconstruire ou de se réformer, mais une période de bilan. Le peuple iranien est plus que jamais conscient de la façon dont son avenir a été détourné par un régime investi dans la guerre, la répression et l’expansion idéologique. Et si le régime s’accroche au pouvoir par la peur, il repose sur des fondations de plus en plus fragiles. Tôt ou tard, le volcan endormi entrera en éruption.