La fin de la guerre sera fatale pour le régime iranien

Par
Farid Mahoutchi
Dans les chambres d’écho contrôlées de la télévision d’État et les flux filtrés réservés aux fidèles du régime – ceux qui possèdent des cartes SIM vierges et un accès privilégié au monde extérieur – l’establishment clérical iranien met en scène une méticuleuse mise en scène de sa survie. Les rites de deuil de quarante jours pour un Guide suprême assassiné, jadis le centre névralgique du pouvoir militaire et politique, sont diffusés comme des rituels de continuité inébranlable. Les experts analysent le triomphe de l’État sur « la plus grande offensive du siècle ». Les généraux ont promis une riposte écrasante aux violations présumées au Liban. L’ambassade d’Espagne rouvre ses portes en grande pompe, comme si la diplomatie n’avait été interrompue que par un orage d’été. Les porte-parole militaires insistent sur le fait que le cessez-le-feu a été accepté aux conditions de Téhéran ; les gouverneurs de province promettent une reconstruction rapide des infrastructures dévastées. Le message est complexe, insistant, presque incantatoire : Nous résistons. Le monde n’a pas pu nous abattre. Ne prêtez aucune attention aux fissures sous les bannières de la victoire.
C’est une bravade née du désespoir. La dictature cléricale a toujours su que la fin d’une crise marque le début de sa propre chute. Pendant quarante-cinq ans, le régime a prospéré grâce à un état d’urgence perpétuel : guerre contre l’Irak, sanctions, guerres par procuration, impasses nucléaires – autant d’éléments fournissant un alibi à la répression, une justification au pillage économique, un prétexte pour faire taire toute dissidence. Supprimer cet alibi, et l’appareil de contrôle se retrouve soudainement à nu.
Un leadership affaibli
Le contraste avec le moment fondateur de la révolution est saisissant. Rouhollah Khomeiny n’a pas seulement mené le soulèvement de 1979 ; il y a puisé tout son capital moral. Il en était le théologien, le chef de guerre, la constitution vivante. Légitimité, charisme religieux, hégémonie politique : tout reposait sur un seul homme. Son successeur, Ali Khamenei, n’a jamais inspiré une telle vénération. Dès les années 1990, le régime avait été contraint d’institutionnaliser ses propres fractures, tolérant des factions rivales sous le mince vernis des « réformes ». Ce geste, purement cosmétique, visait un public occidental avide de signes de modération, mais il reflétait aussi une vérité plus profonde : le système s’était scindé selon des lignes de fracture idéologiques, d’intérêts et d’épuisement. Ce qui avait commencé comme une unité révolutionnaire s’était mué en une schizophrénie orchestrée.
Aujourd’hui, une nouvelle succession se dessine dans l’ombre des morts. Mojtaba Khamenei, hissé au sommet dans la fumée de la guerre, bénéficie peut-être de la loyauté des Gardiens de la révolution et de certains réseaux de clientélisme bien ancrés. Mais le clientélisme ne rime pas avec consolidation du pouvoir. Les contradictions que le conflit a masquées – entre factions, entre générations, entre l’État et la société qu’il prétend incarner – ne resteront pas sous le tapis une fois les bombes cessées de tomber. Elles ressurgiront comme des racines qui fissurent le bitume.
Une société explosive
Et la société est en attente. Des millions d’Iraniens vivent depuis des années sous le poids cumulatif d’une inflation qui grignote les salaires, de coupures de courant qui transforment les nuits d’été en saunas, de pénuries d’eau qui réduisent en poussière des champs autrefois fertiles, et de files d’attente interminables pour le carburant. La guerre n’a soulagé aucun de ces maux ; elle les a intensifiés.
La réparation des infrastructures endommagées par les frappes de précision prendra des années et coûtera des milliards – une somme que le Trésor, déjà mis à rude épreuve par des années de mauvaise gestion et de corruption, ne possède pas. Chaque pont non réparé, chaque quartier plongé dans l’obscurité, chaque réservoir à sec témoignera silencieusement d’un État qui a choisi la confrontation plutôt que la compétence.
Et puis il y a internet. Pendant des mois, le régime a étouffé, filtré et coupé les artères numériques du pays, invoquant la sécurité nationale. Le coût pour les petites entreprises, les familles séparées par l’exil, toute une génération qui passe la moitié de sa vie en ligne, a été incalculable. Ce coût est insoutenable. Lorsque les connexions seront rétablies – comme elles doivent l’être –, le ressentiment accumulé ne se dissipera pas progressivement ; il explosera.
Les Iraniens ont passé les années de guerre à observer, enregistrer et se souvenir : les fils conscrits envoyés mourir dans une guerre par procuration, les mères en deuil en silence, les pères bradant leur dignité pour survivre. La propagande du régime a beau contrôler les médias d’État, elle ne peut contrôler la mémoire.
Retour dans la rue
Plus grave encore pour les autorités, la guerre a donné une leçon sans équivoque à la population iranienne. Les armées les plus avancées du monde ont démontré qu’elles pouvaient infliger de lourdes pertes au régime, affaiblir ses ressources et exposer ses faiblesses. Pourtant, la délivrance la plus profonde – l’élimination des hommes qui ont tué leurs enfants, emprisonné leurs sœurs, humilié leurs frères – ne peut être déléguée. Cette prise de conscience est corrosive pour toute dictature. Elle déplace le fardeau de la responsabilité. Le pouvoir revient au peuple lui-même.
Ainsi, au lendemain du cessez-le-feu, chaque esprit épuisé et exaspéré, longtemps engourdi par l’ordre établi, se tournera instinctivement vers la recherche d’un véritable changement et des moyens concrets de mettre fin à ce régime.
Cette voie ne se trouvera pas parmi les groupes d’opposition factices qui ont maquillé les frappes étrangères en « opérations de sauvetage » et colporté des chimères sur la défection soudaine de 160 000 soldats et policiers. La véritable transformation commencera, comme toujours, dans les quartiers, les universités et les bazars : discrètement, avec détermination, et impossible à externaliser. Le régime s’accrochera peut-être encore à ses slogans et à sa surveillance, mais les règles de la survie ont changé. Chaque jour sans ennemi extérieur est désormais un jour où il faut affronter les contradictions internes. La maison bâtie par la guerre perpétuelle ne peut subsister en paix.