Iran : Les ministres de Pezeshkian ont eu besoin de l’approbation de Khamenei

farid mahoutchi
Les récentes révélations de Masoud Pezeshkian, le nouveau président du régime iranien, ont déclenché une vague de réactions négatives dans les couloirs du pouvoir à Téhéran. Dans une tentative pour obtenir l’approbation parlementaire pour son cabinet, Pezeshkian a par inadvertance levé le voile sur la fausse démocratie du régime, confirmant que chaque membre de son cabinet avait été pré-approuvé par le guide suprême Ali Khamenei et l’appareil de sécurité du régime. Ce rare moment de transparence a provoqué l’indignation et les critiques de diverses factions au sein du régime, mettant encore davantage en évidence l’autoritarisme profondément ancré au cœur de la dictature cléricale iranienne.
Lors de son discours au parlement le mercredi 21 août, Pezeshkian a admis de manière surprenante que la liste complète de ses membres avait été examinée et approuvée par Khamenei. « J’ai remis toute la liste au Guide suprême. Tout le monde est venu ici en coordination et en accord », a-t-il déclaré, mettant en évidence le fait que le rôle du parlement dans le processus d’approbation n’était que d’apparat.
Cet aveu n’a pas plu à beaucoup de membres du régime. Hossein Shariatmadari, le rédacteur en chef du journal Kayhan, a été prompt à condamner les propos de Pezeshkian. Il les a qualifiés d’« affirmations irréalistes » qui ont été rapidement reprises par les « ennemis jurés » du régime pour discréditer la notion de démocratie en Iran. Shariatmadari a exigé que Pezeshkian rétracte ses déclarations, avertissant qu’elles avaient fourni un « prétexte et une excuse » aux critiques pour « saper la démocratie de la république, l’autorité du parlement et même les pouvoirs du président ». Il a également critiqué Pezeshkian pour ce qu’il a décrit comme une « mauvaise interprétation » ou une « déclaration erronée » du rôle du Guide suprême dans le processus de sélection du cabinet.
La réaction s’est étendue au-delà de Kayhan. Le site Internet d’État Entekhab a noté que la défense finale de Pezeshkian de son cabinet, en mettant fortement l’accent sur l’approbation de Khamenei, avait provoqué la colère des opposants et des critiques qui l’ont accusé d’« exploiter » l’autorité du Guide suprême pour faire passer son cabinet. Le site Internet Javan, un journal dirigé par le CGRI, a rapporté les critiques du porte-parole de la Commission de sécurité du Parlement, qui a reproché à Pezeshkian d’avoir laissé entendre que les ministres avaient besoin de l’approbation de Khamenei pour être des candidats viables.
Cette critique a été reprise par le député Malek Shariati, qui s’est rendu sur les réseaux sociaux pour exprimer ses inquiétudes concernant la stratégie de Pezeshkian. Shariati a averti que l’utilisation de l’autorité de Khamenei pour obtenir l’approbation du Parlement pourrait se retourner contre lui si les ministres ne parviennent pas à tenir leurs promesses à l’avenir, ce qui pourrait faire porter la responsabilité à Khamenei lui-même.
Parallèlement, le site Jamaran a mis en avant une note critique de Manan Raisi, député de Qom, qui se demandait si le vote était en faveur du cabinet de Pezeshkian ou du « cabinet du Leader ». Raïssi a condamné la rhétorique de Pezeshkian, déclarant que son approche était inappropriée et indigne de la fonction qu’il occupe. De même, Vatan-e Emrooz a publié un éditorial intitulé « Utilisation inappropriée du nom du Leader », qui attribue le vote de confiance unanime du Parlement à l’insistance répétée de Pezeshkian sur sa coordination avec Khamenei. L’éditorial décrit l’approche de Pezeshkian comme une « grave erreur » et appelle à une « rectification ».
Cependant, Ali Motahari, ancien vice-président du Parlement, a défendu les propos de Pezeshkian, affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une exploitation du nom de Khamenei mais plutôt d’un compte rendu « transparent et véridique » de la réalité. Motahari a déclaré : « Pezeshkian a informé les représentants que certains ministres avaient été spécifiquement approuvés par le Guide suprême, ils devraient donc en être conscients lorsqu’ils votent. À mon avis, il convient d’éviter toute transaction en coulisses. »
L’accent mis par Pezeshkian sur sa coordination avec Khamenei représente un changement radical par rapport aux administrations précédentes, soulignant l’état de plus en plus désespéré d’un régime qui ne peut plus tolérer la moindre dissidence dans un contexte de défis croissants au pays et à l’étranger. S’il est depuis longtemps évident que Khamenei exerce l’autorité ultime sur tous les aspects de la gouvernance, les administrations précédentes l’ont soit subtilement reconnu, soit parfois contesté l’influence omniprésente du Guide suprême. L’antagonisme exacerbé au cours du processus de sélection, associé aux luttes intestines permanentes entre les factions parlementaires, gouvernementales et judiciaires étroitement contrôlées du régime, révèle un système fracturé et de plus en plus intolérant. Ces dissensions internes ne font que souligner la vulnérabilité du régime face à l’escalade des troubles intérieurs et aux pressions internationales croissantes.