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Iran : Khamenei rompt le silence pour consolider une base fracturée après la guerre de douze jours

Iran : Khamenei rompt le silence pour consolider une base fracturée après la guerre de douze jours
Le chef du pouvoir judiciaire du régime iranien, Gholam-Hossein Mohseni Ejei, s’adresse au Guide suprême Ali Khamenei lors d’une réunion de haut niveau avec des responsables judiciaires, le 16 juillet 2025.

Le chef du pouvoir judiciaire du régime iranien, Gholam-Hossein Mohseni Ejei, s’adresse au Guide suprême Ali Khamenei lors d’une réunion de haut niveau avec des responsables judiciaires, le 16 juillet 2025.
Par
Shahriar Kia

Lors de sa deuxième apparition publique, non télévisée, depuis les 12 jours de conflit, le Guide suprême de la dictature cléricale, Ali Khamenei, a prononcé un discours le 16 juillet pour répondre à une crise morale croissante au sein du régime. S’exprimant devant la direction du pouvoir judiciaire, Khamenei a tenté de réaffirmer son autorité et de présenter la survie comme une victoire. Mais le sous-entendu de ses propos trahisse un régime ébranlé par la peur de l’effondrement. Le pouvoir judiciaire, désormais explicitement chargé de réprimer la dissidence à grande échelle, est devenu un outil central de la stratégie du régime visant à réprimer le mécontentement populaire avant qu’ils ne refassent surface.

Selon la transcription publiée sur son site web officiel, Khamenei a déclaré : « L’ennemi avait calculé qu’en attaquant certaines personnalités et certains centres sensibles de l’Iran, le système serait affaibli… puis, en déployant des cellules dormantes – allant des hypocrites [terme péjoratif du régime pour diffamer l’Organisation des Moudjahidine du peuple] aux monarchistes en passant par les voyous – ils inciteraient la population à descendre dans la rue pour en finir avec le régime.» Il a insisté sur l’échec de ce « complot » et a affirmé que « c’est exactement le contraire qui s’est produit ». Mais cette insistance sur la survie du régime, répétée tout au long de son discours, révèle une certaine anxiété : Khamenei est pleinement conscient que le régime est une fois de plus passé à deux doigts du renversement.

Derrière cette grandiloquence se cache une réalité bien plus fragile. Sa principale préoccupation réside dans la crise morale qui règne au sein de son propre appareil, notamment après une guerre qui a révélé les vulnérabilités des structures militaires, de renseignement et de commandement du régime. Comme l’indiquent ses propres mots, le régime craignait un soulèvement post-conflit, déclenché par les unités de résistance dirigées par l’OMPI, que Khamenei a nommément désignées.

Tout au long de son discours, il a réitéré le thème de « l’unité nationale » et minimisé les clivages idéologiques. Il a salué la prétendue harmonie entre des individus de « différentes convictions religieuses » qui se sont néanmoins unis pour défendre le « système islamique ». Il s’agissait d’un appel clair aux fidèles du régime – de tout le spectre fracturé des extrémistes, des révisionnistes et des factions cléricales – à resserrer les rangs. Mais l’invocation de l’unité est en elle-même révélatrice : les divisions sont réelles et se creusent, notamment après les échecs de la dictature cléricale pendant et après le conflit.

Ce que Khamenei a présenté comme un « esprit national » renouvelé était, en réalité, un appel à la discipline et à l’obéissance. Ses mises en garde contre les « critiques irresponsables » et les « objections mal informées » visaient clairement les dissidents internes au régime, en particulier ceux qui doutaient de la gestion de la guerre et du fragile cessez-le-feu par le régime. Il a averti que les protestations, notamment internes, pouvaient être « néfastes » et a demandé à toutes les institutions, des journalistes aux imams du vendredi, de protéger la prétendue « unité nationale ».

Pendant ce temps, le ministère du Renseignement (VEVAK) applique cette approche. Dans une déclaration distincte, le chef du VEVAK, Esmail Khatib, s’est vanté de multiples exécutions et a promis que les détenus encore détenus, accusés d’espionnage ou d’activités anti-régime, en paieraient le prix. Cette célébration ouverte de la répression, sur fond d’arrestations massives après la guerre, renforce la véritable stratégie d’après-guerre du régime : privilégier la peur à la persuasion.

La rencontre de Khamenei avec les autorités judiciaires n’était pas fortuite. La justice, déjà instrumentalisée contre la dissidence, s’est vu confier un mandat renouvelé pour réprimer les troubles avant qu’ils n’éclatent. Khamenei a souligné que « toute personne, où qu’elle soit dans le pays, victime d’oppression ou de transgression doit savoir que son problème peut être résolu par la justice ». Mais cette déclaration est empreinte d’ironie : des centaines de personnes ont été arrêtées sans inculpation, et nombre d’entre elles font face à des verdicts rapides, motivés par des considérations politiques.

Sur la scène internationale, Khamenei a adopté un ton plus mesuré. Malgré des années de négociations diffamatoires avec l’Occident, il tempère désormais sa rhétorique. Il ne s’agit pas d’un changement de politique, mais d’une stratégie de couverture. Alors que l’UE a annoncé la date limite du 29 août pour déclencher le mécanisme de retour à la normale des sanctions de l’ONU, Khamenei est clairement préoccupé par les conséquences.

Cette posture contraste avec celle des factions alignées, dont beaucoup dénoncent de plus en plus ouvertement toute reprise des négociations. Les propos de Khamenei semblent viser à contenir ces voix, laissant ouverte la possibilité de négociations tactiques pour éviter une nouvelle détérioration économique et politique.

Pourtant, même en essayant de projeter le contrôle, les failles sont évidentes. La guerre s’est peut-être terminée par un cessez-le-feu, mais la lutte pour la légitimité continue, et Khamenei le sait. Ses déclarations répétées Les références à des « complots » et à des « cellules dormantes », ainsi que ses exigences de cohésion interne, témoignent d’un régime encore à la limite, terrifié par un soulèvement populaire qu’il a évité de justesse.

Le message de ce discours est clair : il ne s’agissait pas d’une célébration de la victoire, mais d’un discours de survie. L’apparence, la rhétorique et les directives de Khamenei reflètent tous les efforts déployés par les dirigeants pour maintenir le contrôle d’un système qui montre des signes évidents de déclin. La menace n’est plus seulement extérieure. C’est le peuple iranien – et la Résistance – qu’ils craignent le plus.

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