Droits de l’Homme

Iran – droits de l’Homme :

La famille d’un syndicaliste manifeste pour obtenir sa libération
La famille d’un syndicaliste manifeste pour obtenir sa libération
La ville de Suse (sud-ouest de l’Iran), devant le Palais de justice, 20 février 2019 – La fille d’Ismaïl Bakhchi (au milieu) tient un tract sur lequel il est inscrit « libérez mon père ».
La ville de Suse (sud-ouest de l’Iran), devant le Palais de justice, 20 février 2019 – La fille d’Ismaïl Bakhchi (au milieu) tient un tract sur lequel il est inscrit « libérez mon père ».

Mercredi 20 février, la famille d’Ismaïl Bakhchi, un syndicaliste des travailleurs de la canne à sucre (STCS) de la compagnie Haft Tapeh de la ville de Suse dans la province du Khouzistan (sud-ouest de l’Iran) s’est rassemblée devant le Palais de justice de la ville pour réclamer sa libération.

En même temps, le STCS a déploré dans un communiqué publié sur son canal de Telegram, les pressions que subit la famille de M. Bakhchi. Dans ce communiqué le STCS avertit le pouvoir en place contre la poursuite de ces pressions et réclame la libération immédiate d’Ismaïl Bakhchi.

Ce dernier et Sepideh Qoliyan, une militante des droits de l’Homme, sont soumis à de graves pressions en prison pour consentir à des repentirs publics, avait indiqué le STCS dans son canal dans la messagerie Telegram, le lundi 11 février.

Plusieurs autres personnes interpellées en lien avec la grève des travailleurs de canne à sucre en 2018, subissent également des pressions pour s’adonner à des repentirs publics, dont Sanaz Allahyari, Amir Hossein Mohammadifard et Amir Amirgholi, ajoute la même souce.

Les autorités réclament notamment qu’Ismaïl Bakhchi et Sepideh Qoliyan reconnaissent que les révélations qu’ils avaient effectuées sur les tortures subies en prison, après leur libération (il y a quelques mois) étaient mensongères et  » dictées par des détracteurs du pouvoir en place « , précise encore le canal de Telegram du STCS.

 

Les précédents

Ismaïl Bakhchi était le principal représentant des travailleurs de la canne à sucre de la Compagnie Haft Tapeh, lors du récent mouvement de grèves d’une quarantaine de jours mené par ces derniers. Arrêté lors d’une manifestation des grévistes le 18 novembre, il avait été relâché le 12 décembre, sous une caution de quatre milliards de rials (84.000€).

Peu après sa libération, le 4 janvier le syndicaliste a dénoncé dans un poste sur son Instagram, les sévices corporels intenses qu’il a subis en prison, précisant qu’il était incapable de bouger pendant trois jours. Il a lancé un défi à Mahmoud Alavi, le ministre de renseignement et de sécurité du gouvernement Hassan Rouhani, pour « un débat télévisé en direct », en vue de répondre aux nombreuses irrégularités dans la procédure engagée contre le syndicaliste.

Les agents des services secrets iraniens qui effectuaient les interrogatoires, l’assaillaient régulièrement des « pires insultes », a indiqué M. Bakhchi avant d’ajouter que ses dialogues au téléphone avec son épouse avaient été mis sous écoute.

Sepideh Qoliyan, une militante des droits de l’Homme qui a été arrêtée le 18 novembre lors d’une manifestation alors qu’elle était avec M. Bakhchi, a également dénoncé les tortures dont elle a été sujette en prison. Elle a aussi affirmé avoir été témoins de la torture de M. Bakhchi en prison.

Ces dénonciations ont soulevé une vague d’indignation dans la société iranienne et provoqué le soutien de multiples organisations sociales aux deux militants.

Dans une réplique à ces dénonciations, la télévision d’État iranienne, Irib, a diffusé le 19 janvier les repentirs forcés de ces deux ex-détenus politiques, dans lesquels ils reconnaissaient être en contact avec des groupes politiques iraniens à l’étrangers, ainsi que d’avoir tenté de faire l’unité entre les grèves des travailleurs de la canne à sucre et celles des sidérurgistes du Groupe National d’Acier (GNA) de la ville d’Ahwaz. Ces allégations qui ont fait le sujet des « repentirs », comme l’a annoncé Irib, ne constituent aucun délit dans aucun pays démocratique.

Le soir-même de la diffusion de cette émission, Sepideh Qoliyan a réagi sur son compte twitter en écrivant :  » Les images qui ont été diffusées de moi sont le meilleur témoin de la véracité de mes propos sur les tortures que j’ai subie en prison. Je vais poursuivre avec plus de détermination encore ma plainte contre les tortures que j’ai subie. Maintenant que mes repentirs ont été diffusés, je réclame que mon procès soit organisé en public. « 

 

Sepideh Qoliyan a été interpellé le lendemain dans le domicile de son père par des hommes armés qui n’étaient pas muni de mandat d’arrêt. Son frère a également été tabassés et arrêtés, pour avoir justement contesté cette descente manu militari sans mandat. Selon le père de Sepideh Qoliyan qui était présent lors de son arrestation, les forces qui ont effectué l’interpellation appartenaient au Département de renseignement de la ville de Suse, la branche du ministère de renseignement et de sécurité (Vevak).

Quelques heures plus tard, c’est Ismaïl Bakhchi qui a été interpellé et incarcéré de nouveau.

 

Nouveaux chefs d’accusation

Le 6 février, Me Farzaneh Zilabi, l’avocate de Bakhchi a révélé que la justice iranienne a prononcé trois nouveaux chefs d’accusation contre le syndicaliste qui sont  » la publication de propos mensongers, la propagande contre le pouvoir en place et insulte envers les autorités. « 

Me Zilabi a également dénoncé les privations affligées à son client en matière d’accès à son avocat, ce qu’elle a qualifié d’une forme de torture, en se référant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Mme Zilabi a été convoquée au Parquet de la révolution de la ville de Suse peu après ces affirmations, mais les raisons de cette convocation n’ont pas été révélées.

Le STCS a appelé les organisations de droits de l’Homme et les syndicats des travailleurs du monde entier de protester contre ces excès auprès des instances internationales.

Dans son canal de Telegram, le STSC affirme que si les deux détenus ne sont pas relâchés, il se lancera dans d’autres formes d’actions en leur faveur.

 

 

 

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