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Intensification des luttes intestines au sein du régime iranien en pleine crise

 

Intensification des luttes intestines au sein du régime iranien en pleine crise
Le député influent Hamid Rasaï s’oppose à ses pairs au Parlement iranien (Majlis)

Le député influent Hamid Rasaï s’oppose à ses pairs au Parlement iranien (Majlis)
Par
Amir Taghati

Dans un contexte de crises nationales et internationales croissantes, les luttes intestines au sein du régime clérical iranien se sont intensifiées, révélant des divisions croissantes au sein de l’élite dirigeante des mollahs. Les difficultés économiques, les échecs diplomatiques et les désaccords idéologiques convergent pour exacerber les dissensions internes.

La controverse autour de l’adjoint présidentiel Shahram Dabiri illustre parfaitement l’intensité des conflits entre factions. Le luxueux voyage de Dabiri en Antarctique pendant les vacances de Norouz – alors que des millions d’Iraniens subissent d’énormes difficultés économiques – a suscité l’indignation de l’opinion publique et intensifié les luttes intestines au sein du régime. Son absence aux principales réunions gouvernementales, notamment au discours de l’Aïd el-Fitr de Khamenei, a suscité des appels à sa démission au sein même de Pezeshkian. Sa réponse, affirmant que seul Pezeshkian lui-même est habilité à le destituer, reflète sa conviction que ses liens étroits avec le président le protégeront.

Ahmad Zaidabadi, analyste politique proche du pouvoir, a dressé un sombre tableau de la stabilité du régime. S’exprimant lors d’une table ronde, il a averti : « Les crises ont pris une ampleur exponentielle et ont atteint un point critique. Si le système en a pris conscience, il tente de modérer la situation par l’intermédiaire de Pezeshkian, en trouvant un terrain d’entente ou en faisant intervenir de nouvelles forces. » Il a toutefois conclu que « le mécanisme de réconciliation proposé par Pezeshkian a échoué… car les factions rivales ne s’acceptent pas et ne parviennent pas à se convaincre mutuellement ».

Zaidabadi a noté : « Le mécanisme de réconciliation d’une partie de l’establishment au pouvoir… est dans l’impasse. Il est évident qu’ils ne souhaitent pas résoudre le problème par le dialogue et la négociation. »

Par ailleurs, Hamid Rasaï, un religieux influent proche de la faction fidèle à Khamenei, a récemment lancé une attaque cinglante contre le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf. Rasaï a accusé Ghalibaf de réduire au silence les voix critiques au profit de ses alliés. « Il coupe rapidement la parole à ceux qui émettent des critiques en demandant : « Quel est le rapport avec l’agenda ? » Pourtant, il ignore les questions similaires soulevées par ses amis, qui coordonnent leurs points de vue en amont », a accusé Rasaï.

L’escalade de la crise se manifeste non seulement dans les conflits politiques, mais aussi dans le discours idéologique. Le communiqué du CGRI, publié par l’ISNA le 31 mars, reconnaît la « situation critique et périlleuse » à laquelle l’Iran est confronté. Le CGRI souligne que « la cohésion sociale est l’atout le plus puissant de l’Iran islamique, telle une forteresse impénétrable qui protège la nation contre les menaces étrangères et les séditions internes ». Le communiqué avertit que sans unité, le régime serait vulnérable aux défis internes et externes, qualifiant la situation actuelle de « lourde de menaces et de dangers ».

L’accent mis sur l’impérieuse nécessité d’unité révèle la conscience aiguë du régime de l’aggravation des crises et de la difficulté croissante à maintenir le contrôle dans un contexte de conflits factionnels qui s’intensifient. La déclaration du CGRI souligne la crainte du régime que la fragmentation de son État ne favorise une plus grande instabilité, voire un effondrement total.

Alors que l’effondrement économique de l’Iran s’accélère et que l’isolement international du régime s’accentue, le régime clérical se retrouve pris au piège d’une impasse dont il ne peut sortir. Les tentatives du régime pour réconcilier ses factions belligérantes échouent et, sans solutions viables en vue, les luttes de pouvoir internes vont certainement s’intensifier, accélérant ainsi le déclin du régime.

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