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Ali Khamenei dénonce une « guerre de propagande » et révèle sa crainte de l’ennemi intérieur

Ali Khamenei dénonce une « guerre de propagande » et révèle sa crainte de l’ennemi intérieur
Le guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, le 11 décembre 2025

Le guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, le 11 décembre 2025
Par
Mehdi Oghbai

Le guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, a profité d’une célébration religieuse officielle de trois heures, jeudi, pour affirmer que le front décisif auquel le régime est confronté n’est pas un nouveau conflit armé, mais une lutte pour contrôler la perception qu’ont les Iraniens de leur pays, de leur identité et de la légitimité de la dictature cléricale.

S’adressant à un auditoire trié sur le volet de religieux pro-gouvernementaux – des personnages que l’État utilise régulièrement pour mobiliser les foules et diffuser des messages politiques –, Khamenei a déclaré que l’Iran était désormais « au-delà des affrontements militaires » et plutôt « au cœur d’une guerre de propagande et médiatique » menée par ce qu’il a décrit comme un « large front » dirigé par les États-Unis. Selon lui, Washington est « au centre » de ce front, entouré de certains pays européens et à la périphérie d’opposants en exil qu’il a qualifiés de « mercenaires », de « traîtres » et d’« apatrides ».

Ce discours combinait trois mesures politiquement significatives : une reconnaissance rare et explicite des difficultés intérieures généralisées ; une mise en garde contre toute discussion publique sur une reprise du conflit armé ; et une directive aux réseaux religieux loyalistes leur enjoignant d’adopter une posture « offensive » dans une guerre d’information visant à influencer « les esprits, les cœurs et les croyances ».

Reconnaître les pénuries, tout en minimisant leur importance
Khamenei a reconnu que « les pénuries et les problèmes sont nombreux à travers le pays », mais a insisté sur le fait que l’Iran poursuit sa marche en avant. Il a évoqué un problème chronique de santé publique et environnemental – les tempêtes de poussière dans la province du Khuzestan, au sud-ouest du pays – avant de le minimiser, le qualifiant de « mineur » parmi les problèmes du pays et ajoutant que des pénuries plus importantes existent ailleurs.

Cette juxtaposition est significative : il a reconnu l’ampleur des difficultés tout en refusant de considérer une crise particulière comme un échec de gouvernance exigeant des comptes. Au lieu de cela, il a présenté la situation du pays comme une preuve de la résilience nationale, louant ce qu’il a décrit comme la constance, la sincérité, la bienveillance et la quête de justice du peuple iranien – des vertus qui, selon lui, forgent « l’honneur et la puissance » de « l’Islam et de l’Iran ».

Repenser le risque de guerre comme un outil de pression psychologique
Khamenei a également mis en garde contre les spéculations incessantes sur une reprise des combats, destinées à rassurer sa base démoralisée. « Certains évoquent sans cesse la possibilité d’un nouveau conflit militaire », a-t-il déclaré, tandis que d’autres « attisent délibérément » le sujet pour entretenir l’anxiété et le doute au sein de la population. Il a prédit qu’ils n’y parviendraient pas.

Un thème majeur était celui de l’identité. Khamenei a utilisé un langage détourné pour mettre en garde contre la vérité qui triompherait de décennies de propagande d’État, affirmant que « l’ennemi cherche à faire oublier progressivement au peuple la révolution, ses objectifs et l’héritage de son fondateur ».

Il a décrit la campagne comme étant dotée de moyens importants et d’une grande sophistication culturelle, affirmant que des « milliards » sont dépensés pour persuader les jeunes Iraniens et citant des écrivains, des artistes et « Hollywood » comme instruments d’influence.

Ordres de constituer un « front informationnel » et de passer à l’offensive

Les instructions opérationnelles de Khamenei étaient exceptionnellement explicites. Il a enjoint aux orateurs et aux rassemblements religieux présents de constituer une infrastructure nationale de transmission idéologique – ce qu’il appelait une « base » pour l’élaboration et la diffusion de la « littérature de résistance ». Sans une « littérature » pérenne, affirmait-il, toute idée est vouée à l’échec.

Il a exhorté son auditoire à transposer la planification militaire dans le domaine de l’information : de même que l’Iran déploie ses forces face à une menace militaire, expliquait-il, il doit adopter la stratégie adéquate en matière de propagande et de confrontation médiatique, en se concentrant sur les « enseignements islamiques, chiites et révolutionnaires » qui, selon lui, constituent les cibles prioritaires de l’ennemi.

Il a également mis en garde contre une approche purement défensive. « Ne vous contentez pas de vous défendre » contre ce que l’adversaire sème le doute, a-t-il déclaré. « L’ennemi a de nombreux points faibles – ciblez-les et attaquez-les. »

Institutionnalisation du contrôle narratif

Le message de Khamenei du 11 décembre permet de comprendre pourquoi il présente désormais la confrontation principale comme étant cognitive et informationnelle : après des décennies et des milliards dépensés, la dictature cléricale agit comme un système conscient de sa défaite face à la vérité. Son aveu de pénuries généralisées – associé à des instructions visant à mobiliser les réseaux loyalistes pour une offensive médiatique – témoigne d’une inquiétude croissante : les racines des crises actuelles en Iran pourraient à nouveau plonger le pays dans une révolte d’État.

Ce changement se manifeste par l’institutionnalisation du contrôle du récit à travers « Balagh Mobin », décrit comme un quartier général de « guerre hybride » impliquant plus de 40 000 religieux et séminaristes. Son objectif n’est pas celui des relations publiques classiques, mais celui d’une gestion organisée de la perception : contrer la peur et le doute et présenter la dissidence sociale et politique comme une opération de sécurité orchestrée de l’extérieur, destinée à affaiblir la dictature cléricale.

Ces efforts démontrent l’échec des précédentes campagnes de communication, notamment le « djihad de clarification », à empêcher le soulèvement de 2022. La conclusion est sans appel : face à un public de plus en plus démasqué par la tromperie, la dictature cléricale redouble d’efforts — en construisant des « quartiers généraux », en étendant les réseaux cléricaux et en déclarant une guerre explicite à la prise de conscience elle-même.

 

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