Crise monétaire iranienne : L’héritage de quatre décennies de politiques de taux multiples

Deux personnes échangeant des tomans iraniens contre des dollars américains
Par
Mansoureh Galestan
Alors que l’économie iranienne est en crise, le marché des changes reflète la gravité de la crise financière chronique du régime. Le taux de change du dollar américain sur le marché libre a atteint 93 850 tomans, soit une hausse de 560 tomans en seulement 24 heures, tandis que le taux de change officiel s’établit à 72 053 tomans et les transferts commerciaux à 69 954 tomans. Cet écart croissant n’est pas une fluctuation temporaire, mais un symptôme de la profonde crise monétaire structurelle qui frappe l’Iran depuis des décennies.
À l’origine de cette crise se trouve le système de change à taux multiples, un mécanisme qui a permis à des réseaux liés au régime de siphonner les ressources nationales sous couvert de gestion de l’économie. Loin de stabiliser les marchés, ces politiques ont créé des couches de corruption, des opportunités d’arbitrage et une recherche de rente pour les initiés fidèles à l’élite dirigeante.
Faiblesses structurelles et opportunités manquées
L’économie iranienne a été gravement affaiblie par les sanctions internationales, les risques politiques, le déséquilibre énergétique, la pénurie d’eau et les crises environnementales. Les tensions militaires ont encore accru l’incertitude, freinant l’investissement et la production. Malgré un plan de développement national sur vingt ans qui promettait autrefois à l’Iran une position économique de premier plan en Asie occidentale, le pays a accusé un retard considérable.
Les solutions techniques ont échoué à plusieurs reprises, car des facteurs non économiques – répression politique, corruption et manque d’indépendance institutionnelle – dominent la prise de décision économique. Sans lever ces obstacles systémiques, aucune réforme ne peut s’implanter.
Le piège populiste et le contrôle des changes
Ali Madanizadeh, l’actuel ministre de l’Économie du régime, a mis en garde contre les conséquences de l’échec des politiques économiques du régime, non par souci de réformes, mais par crainte que l’aggravation des distorsions n’alimente une réaction sociale. Il a reconnu que les gouvernements successifs, au lieu de remédier aux faiblesses structurelles, se sont appuyés sur des mécanismes de change artificiels tels que NIMA, SANA et de multiples commissions de change – des politiques qui ont aggravé l’instabilité économique. Madanizadeh a averti que, dans les conditions actuelles, des niveaux de taux de change encore plus fragmentés pourraient apparaître, un scénario qui, selon le régime, pourrait intensifier la colère populaire dans une société déjà explosive.
La loi dite « anti-contrebande » et les directives de la Banque centrale qui en découlent, au lieu de résoudre les problèmes, ont enraciné des règles arbitraires et alimenté la recherche de rentes.
Une histoire d’échecs multi-taux
L’histoire monétaire de l’Iran est marquée par des crises et des manipulations répétées :
1991-1992 : Une brève période de politique de taux unique.
1993 : Introduction d’un double taux de change, le taux officiel s’écartant fortement de celui du marché libre.
2002–2010 : Stabilité relative sous un système à taux unique grâce aux revenus pétroliers élevés.
2011–2013 : Les sanctions ont réintroduit des taux de change doubles, voire triples.
2017–2021 : Le taux « préférentiel » de 42 000 rials, officiellement instauré pour protéger les importations essentielles, est devenu un symbole de corruption et d’inefficacité.
2022 et suivantes : La création du Centre de change a instauré des taux à trois niveaux, avec de larges écarts entre les prix officiels, commerciaux et du marché libre.
Aujourd’hui, le taux commercial oscille entre 67 000 et 69 000 tomans, tandis que le taux du marché libre dépasse 93 000 tomans. Ces distorsions entravent de fait les véritables forces du marché et créent de vastes opportunités de profits internes.
La Banque centrale enchaînée
La Banque centrale d’Iran, dont le rôle devrait être de stabiliser la monnaie et de gérer les liquidités, a longtemps été privée d’indépendance. Les gouvernements successifs l’ont utilisée comme un outil pour financer les déficits budgétaires, aggravant l’inflation et minant la crédibilité du pays.
L’ancien vice-gouverneur de la Banque centrale, Kamal Seyed Ali, a confirmé que l’intervention constante du gouvernement a épuisé les réserves de change, creusé les inégalités sociales et enraciné les rentes économiques. Il en résulte un cycle de 45 ans d’inflation à deux chiffres, dépassant souvent les 40 %, et des crises de change continues.
Chaque choc monétaire majeur – 1994, 2011, 2018 – a été déclenché par une combinaison de pressions externes (sanctions, chocs pétroliers, tensions géopolitiques) et de mauvaise gestion interne (politiques rentières, taux de change forcés, taux d’intérêt négatifs). Au lieu de stabiliser les marchés, les interventions du régime n’ont fait que retarder l’effondrement inévitable, laissant la population en payer le prix par l’inflation, la baisse du pouvoir d’achat et la fuite des capitaux.
Un système conçu pour le pillage
La politique de change multi-taux de l’Iran relève moins de la gestion économique que du pillage institutionnalisé par des membres du régime. La Banque centrale est réduite à l’état de marionnette du gouvernement et la recherche de rentes est profondément ancrée.
À chaque niveau du système d’échange, le cycle de la crise se poursuit.
Pour le peuple iranien, la réalité est claire : une économie en crise, manipulée pour la survie d’un régime corrompu.