Flambée des prix alimentaires et files d’attente pour le carburant : Téhéran perçoit les tensions économiques comme une menace pour la sécurité

Une écolière supplie son père d’acheter de nouvelles fournitures scolaires dans une boutique d’un bazar iranien.
Par
Mansoureh Galestan
L’Iran aborde la fin du mois de septembre sous une pression conjuguée : envolée du coût de la vie, affaiblissement de la monnaie, pénuries de carburant et perturbations des chaînes d’approvisionnement industrielles. Ce qui confère à la situation une importance politique particulière, c’est la réaction de l’État : les hauts responsables évoquent de plus en plus non seulement l’inflation et la production, mais aussi la « résilience », la cohésion interne et le risque que le mécontentement populaire ne se retourne contre le pouvoir.
Cette inquiétude s’est manifestée avec une clarté inhabituelle le 17 septembre, lorsque le premier vice-président du régime, Mohammad-Reza Aref, a reconnu que les revenus des citoyens ne suivaient plus la hausse des prix. « Nous présentons nos excuses à la population ; nous avons honte de constater qu’aujourd’hui, les revenus et les dépenses de nos chers concitoyens, en particulier des salariés, ne sont plus en adéquation », a-t-il déclaré. Évoquant une inflation susceptible de dépasser 60 ou 70 % alors que les salaires n’augmentent que de 20 %, il a ajouté : « C’est impossible. On ne peut pas vivre ainsi. »
Les tensions qui sous-tendent ses larmes de crocodile sont bien réelles. Selon des informations parues cette semaine en Iran, les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 44 à 293 % depuis décembre, contraignant les ménages à réduire leurs achats de viande, de volaille et même de produits laitiers. Parallèlement, le 19 septembre, le site TGJU, qui suit l’évolution du marché des changes en Iran, a évalué le dollar à environ 227 500 tomans, soit une hausse d’environ 20 % par rapport au mois précédent.
Des tirs à Zahedan assombrissent le défilé des pasdaran sur fond de violences policières et de divisions https://t.co/oYF03bgMdc pic.twitter.com/pX5RNLQlIV
— CNRI-France (@CNRIFrance) September 19, 2026
La production commence à vaciller
L’étau se resserre désormais sur le secteur industriel. Les données de la Chambre de commerce d’Iran indiquent que l’économie dans son ensemble reste en phase de contraction, l’indice des directeurs d’achat (PMI) s’établissant à 46,9, soit en deçà du seuil neutre de 50. Fait plus préoccupant pour la production future, les stocks de matières premières achetées ont chuté à 39,3 en août, les entreprises signalant des pénuries de devises étrangères, des retards liés aux importations et aux douanes, des problèmes logistiques ainsi qu’une hausse des coûts d’approvisionnement.
Le 17 septembre, la télévision d’État a illustré cette situation par un exemple frappant issu de l’industrie du cuir à Tabriz. Dans un quartier qui comptait autrefois plus de 400 ateliers en activité, il n’en resterait qu’environ 70, fonctionnant eux-mêmes à près de 20 % de leur capacité. Les producteurs ont fait état de délais de plusieurs mois pour obtenir des allocations de devises, de difficultés à rapatrier les recettes d’exportation, de machines vétustes et de coupures d’électricité soudaines.
Iran : Les entreprises publiques enregistrent des pertes et des déficits au cours de l’année écoulée https://t.co/SOp4ieZM0u via @Iran_Focus pic.twitter.com/E22d7L3nAl
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Les pénuries de carburant viennent aggraver ces tensions. Des informations en provenance de Birjand ont fait état de longues files d’attente pour l’essence, alors même que le président du régime, Masoud Pezeshkian, exhortait la population à réduire sa consommation d’essence, de gaz et d’électricité afin de permettre aux usines de poursuivre leurs activités. Si le gouvernement a souvent attribué les difficultés économiques à la guerre et aux pressions extérieures, l’imam de la prière du vendredi de Birjand a publiquement contesté cette version le 18 septembre, affirmant que les files d’attente pour l’essence « n’ont rien à voir avec l’Amérique ni avec le régime sioniste » et exigeant une intervention des autorités nationales.
De l’économie à la sécurité intérieure
Le discours du gouvernement lui-même associe de plus en plus ces pressions à la stabilité politique. Le vice-président exécutif, Mohammad-Jafar Ghaempanah, a déclaré aux responsables de Zanjan que le pays traversait une « période de résilience ». Rappelant les troubles passés, il a affirmé que l’adversaire avait cherché à « exploiter le mécontentement populaire » pour provoquer un effondrement « de l’intérieur ». Il a appelé les Iraniens à préserver la cohésion nationale et a mis en garde contre tout affaiblissement du gouvernement, du système judiciaire, de la police ou des forces armées.
Le régime iranien empêtré dans les crises : pain, carburant, médicaments et peur https://t.co/qmT7Gar5n4 pic.twitter.com/qHMoMtfTlV
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Ce message a coïncidé avec une vaste mobilisation organisée par l’État à Téhéran le 18 septembre, impliquant les forces du Bassidj et l’armée. Les autorités ont présenté cet exercice comme une préparation à une vaste organisation défensive et ont annoncé que des mobilisations similaires seraient organisées dans d’autres provinces et villes. Pezeshkian y a assisté, tandis que le commandant des Bassidjis, Hossein Taeb, a évoqué l’organisation des participants en unités et la tenue d’autres entraînements terrestres, aériens et maritimes.
L’attention se porte également sur les campus à l’heure de la rentrée universitaire. Le 18 septembre, à Chiraz, le dignitaire religieux Ebrahim Kalantari a affirmé que l’Iran faisait face simultanément à des guerres d’ordre militaire, économique, sécuritaire, culturel et « cognitif ». Il a averti qu’une seule « voix étrangère » s’exprimant depuis une tribune universitaire était déjà de trop, exhortant professeurs, étudiants et administrateurs à empêcher les opposants de détourner les campus de leur vocation ; il a étendu cet avertissement aux établissements scolaires.
Pression au sein de l’appareil d’État
Des appels à la discipline sont également lancés en interne. Ghaempanah a souligné que les décisions du Conseil suprême de sécurité nationale acquièrent force exécutoire une fois approuvées par le Guide suprême, enjoignant aux acteurs politiques de ne pas agir « plus vite » ni « plus lentement » que la ligne directrice validée. Cette intervention témoigne d’une inquiétude non seulement quant à la situation sociale, mais aussi quant aux divisions au sein du pouvoir sur la manière de gérer la crise actuelle.
Le climat politique s’est également durci. Cette semaine, le commentateur Ahmad Zeidabadi a attiré l’attention sur un dignitaire religieux menaçant l’ancien président Hassan Rohani d’être « envoyé à la piscine » — une allusion aux allégations entourant la mort de l’ancien président Akbar Hachemi Rafsandjani dans une piscine. Zeidabadi a appelé à ce que de telles menaces fassent l’objet d’un examen judiciaire.
Dans leur ensemble, ces évolutions dépeignent une économie soumise à une pression croissante et un appareil politique qui appréhende de plus en plus les conséquences de la situation sous l’angle sécuritaire. L’inflation, les files d’attente pour l’essence et le recul de l’activité industrielle ne provoquent pas automatiquement des troubles à l’échelle nationale. Toutefois, les déclarations de Téhéran montrent que les responsables se préparent explicitement à l’éventualité que le mécontentement économique dépasse le cadre des marchés pour se transformer, une fois de plus, en une force de contestation dans la rue.