Iran : Du soulèvement des étudiants en 1999, au spectacle des funérailles de Khamenei

Étudiants et manifestants rassemblés aux portes de l’université lors des intenses manifestations du soulèvement étudiant de juillet 1999 à Téhéran
Par
Mehdi Oghbai
Le soulèvement de 1999 a éclaté le 9 juillet, lorsque des étudiants de l’université de Téhéran se sont rassemblés pour protester contre la fermeture du journal « Salam » par le pouvoir judiciaire. Ce qui avait commencé par un sit-in sur le campus réclamant la liberté de la presse s’est rapidement transformé en un soulèvement national. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, ébranlant la dictature cléricale jusque dans ses fondations.
Le régime a réagi avec une brutalité extrême : des miliciens en civil et des unités anti-émeutes ont pris d’assaut les dortoirs à l’aube, frappant les étudiants dans leur sommeil et en jetant certains par les fenêtres du troisième ou du quatrième étage. Une fois le sang séché, les slogans s’étaient radicalisés : les appels à une presse libre avaient laissé place à une phrase qui a résonné lors de chaque soulèvement iranien ultérieur : « À bas le dictateur ».
Cet épisode agit comme un révélateur récurrent, mettant en lumière deux vérités sur le régime qui demeurent intactes vingt-sept ans plus tard : premièrement, lorsqu’ils sont contraints de choisir entre un véritable changement et la survie du régime, tous les acteurs du système optent pour le système ; deuxièmement, le peuple en est conscient.
Le masque tombe
Penchons-nous sur les responsables que la répression de 1999 a mis au jour. Mohammad Khatami était alors président, après avoir fait campagne sur la promesse creuse d’une « société civile ». Pourtant, Khatami siégeait au Conseil suprême de sécurité nationale qui a autorisé le raid, s’alignant sans hésiter sur le Guide suprême pour écraser les manifestations. Sa présidence s’est prolongée péniblement pendant six années supplémentaires sans produire la moindre réforme structurelle, car la répression avait déjà dévoilé le principe fondamental : la survie du système constitue la limite absolue pour tout membre du régime.
Il y avait aussi Mohammad Bagher Ghalibaf — aujourd’hui président du Parlement, qui tente de se présenter comme le visage technocratique d’un establishment malmené. En 1999, il était un haut commandant du CGRI (Corps des gardiens de la révolution islamique) ; non seulement il a supervisé les violences, mais il en a tiré une fierté personnelle. Le fait que ce même homme s’exprime désormais sur la gouvernance d’un ton mesuré prouve simplement que le régime recycle ses hommes de main ; il ne produit pas de réformateurs.
Le régime en 2026 : la fracture plutôt que la force
Projetons-nous en juillet 2026 : la dictature cléricale consacre des ressources considérables — argent, main-d’œuvre et espace médiatique — à orchestrer une mise en scène funéraire élaborée pour Ali Khamenei, afin de donner une image de continuité. Les caméras d’État balaient des foules soigneusement sélectionnées, tandis que des comptes alignés sur le régime inondent les réseaux sociaux d’images de deuil. Pourtant, cette chorégraphie ne doit pas être confondue avec de la cohésion.
Derrière ce spectacle, le régime se fissure de l’intérieur. De hauts responsables remettent ouvertement en question la capacité de Mojtaba Khamenei — qu’il s’agisse de sa légitimité ou de la loyauté institutionnelle dont il dispose — à maintenir la cohésion du système. Le Conseil suprême de sécurité nationale a voté, par douze voix contre une, à l’encontre de la position officielle de Khamenei concernant le protocole d’accord avec l’Occident ; un camouflet autrefois impensable. La perspective de faire des concessions sur le programme nucléaire sape le fondement même de la fonction de Guide suprême : l’idée que la parole du Guide est sans appel. Lorsque le Guide lui-même admet avoir été désavoué, l’aura d’autorité divine se dissout dans de simples calculs bureaucratiques.
Pourquoi cet anniversaire est crucial aujourd’hui
Les étudiants de 1999 ont donné à la dictature cléricale une leçon qu’elle n’a jamais réussi à oublier en vingt-sept ans : la répression peut réduire une génération au silence pour un temps, mais elle ne peut effacer le souvenir des raisons de sa révolte. Aux manifestants de ce mois de juillet se sont joints, au fil du temps, ceux du soulèvement de 2009, des révoltes économiques de 2017-2018, de la révolte nationale de 2019, du mouvement de 2022 et des manifestations explosives de janvier 2026. Chaque vague a été plus vaste, plus rapide et plus difficile à contenir que la précédente.
La dictature cléricale ne s’est pas renforcée au fil de ces confrontations ; elle est simplement devenue plus coûteuse à maintenir. Son appareil coercitif est fragile, sa légitimité idéologique est épuisée et son élite interne est profondément divisée. À ces fractures s’ajoutent un effondrement économique paralysant et la pression croissante de la Résistance iranienne organisée, ainsi que de son réseau intérieur d’Unités de résistance de l’OMPI (MEK). La mise en scène des funérailles n’est pas un signe de vitalité ; c’est l’aveu, coûteux en ressources, d’un régime incapable de susciter une loyauté véritable et réduit à orchestrer un spectacle mis en scène.
Il y a vingt-sept ans, des dizaines de milliers de citoyens ont percé à jour cette illusion. Aujourd’hui, le Conseil de sécurité du régime lui-même vote contre le Guide suprême. Les étudiants avaient vu juste, et ils l’avaient vu avant tout le monde.
Des forces de sécurité se tiennent près d’un véhicule calciné, au milieu d’une rue jonchée de débris, à la suite d’affrontements survenus à Téhéran lors du soulèvement étudiant de juillet 1999.