La visite de Reza Pahlavi à Berlin suscite de vives critiques de la part des dirigeants allemands et iraniens

La résistance iranienne appelle à une république démocratique lors de la conférence de Munich sur la sécurité : Non au Shah, non au mollah
Par
Mahmoud Hakamian
Le 23 avril 2026, Reza Pahlavi, fils du dictateur iranien déchu, s’est rendu dans la capitale allemande pour une conférence de presse et des rencontres privées avec des députés du Bundestag. Loin d’être une simple opération de communication, cette visite a rappelé comment les vestiges de l’ancienne monarchie, soutenus par certains courants politiques occidentaux et amplifiés par la politique de division de Téhéran, continuent d’occulter la véritable aspiration populaire à une république démocratique laïque.
La réaction a été immédiate et ferme. Le 21 avril, vingt et une personnalités allemandes – parmi lesquelles l’ancien président du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, l’ambassadeur Joachim Rücker, le professeur Horst Teltschik (président de longue date de la Conférence de Munich sur la sécurité et conseiller du chancelier Helmut Kohl), les anciens députés du Bundestag Leo Dautzenberg, Martin Patzelt, Thomas Lutze et Sandra Weeser, ainsi que d’éminents universitaires et défenseurs des droits de l’homme – ont publié une lettre ouverte sans concession adressée à la présidente du Bundestag, Julia Klöckner, et à tous les chefs de groupe parlementaire. Ce document, qui circule désormais dans les médias allemands, dresse un constat accablant : accorder une tribune à Pahlavi risque de « légitimer un modèle politique autoritaire et de saper les aspirations démocratiques authentiques du peuple iranien ».
Les signataires refusent de céder à la nostalgie révisionniste de Pahlavi. Il s’est déclaré à maintes reprises « fier » du bilan de sa famille sans jamais condamner les massacres ethniques, la dictature du parti unique, la torture systématique, la répression politique et la surveillance omniprésente imposées par la police secrète de son père, la SAVAK. Comme le souligne à juste titre la lettre, accueillir une telle figure est « une insulte aux millions d’Iraniens qui ont renversé la dictature du shah » en 1979. En février 2026, Pahlavi est allé plus loin, qualifiant de « séparatistes » une alliance politique kurde luttant pour un Iran laïc et démocratique et suggérant ouvertement que l’armée devrait les réprimer après un changement de régime – une rhétorique qui rappelle les méthodes répressives de la monarchie Pahlavi et du régime théocratique actuel.
Plus alarmant encore est ses appels répétés à une intervention militaire étrangère et à des campagnes de bombardements contre l’Iran, qui causeraient de lourdes pertes civiles. La lettre avertit que de telles positions soulèvent de graves questions au regard du droit international et de la souveraineté nationale. Sa prétendue « phase de transition » est tout aussi autoritaire : les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif seraient concentrés par le biais de nominations personnelles sous son autorité directe, court-circuitant le vote populaire et le pluralisme institutionnel. Plus inquiétant encore, Pahlavi a laissé entendre qu’il était prêt à coopérer avec les « éléments sécuritaires » du régime clérical, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), la force même responsable des exécutions de masse et de la répression des manifestations. Loin de renverser les bourreaux, il risque de leur donner davantage de pouvoir.
…Reza Pahlavi im Bundestag? Keine gute Idee. @JuliaKloeckner #Iran pic.twitter.com/UblN8OmRIf
— Joachim Ruecker (@jrstoc) April 21, 2026
Le gouvernement fédéral allemand, à son honneur, a refusé de se prêter à ce jeu. Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, et le ministère des Affaires étrangères ont clairement indiqué qu’il n’y aurait aucune réunion officielle, qualifiant Pahlavi de simple « personne privée » dont l’avenir de l’Iran doit être décidé par les Iraniens eux-mêmes. Pourtant, certains membres du Bundestag, dont Armin Laschet, président de la commission des affaires étrangères, ont tenu des réunions privées, offrant ainsi au camp monarchiste les occasions de se mettre en scène qu’il recherche.
Reza Pahlavi defends all of the Shah’s dictatorial actions
Vidéo : Reza Pahlavi défend toutes les actions dictatoriales du Shah.
En Allemagne, les voix iraniennes ont exprimé leur indignation avec encore plus de véhémence. Plus d’une vingtaine d’organisations communautaires germano-iraniennes – représentant des milliers d’exilés ayant fui la tyrannie du Shah, puis celle des mollahs – ont publié des communiqués parallèles condamnant fermement cette visite. Des groupes tels que la Gesellschaft von Deutsch-Iranern (présidée par Hossein Yaghoubi), Verein « Junge Stimmen » (dont la porte-parole est Sania Kohansal), l’Union Exil-Iranischer Gemeinschaften in Deutschland (présidée par H. Ghiassi-Maasser) et des associations kurdes ont averti les membres du Bundestag que tout dialogue avec Pahlavi risquait de légitimer « une figure profondément clivante qui ne représente pas les aspirations du peuple iranien ». Ils ont souligné que le refus de Pahlavi de se désolidariser des crimes de la SAVAK et ses récents éloges du bilan de son père constituent une insulte directe aux millions de personnes qui ont renversé la monarchie en 1979.
Les organisations kurdes iraniennes, en particulier, ont exprimé leurs douloureux souvenirs des politiques génocidaires et des massacres ethniques perpétrés sous le père et le grand-père de Reza Pahlavi, rejetant toute idée que la monarchie puisse un jour garantir le pluralisme ou les droits des minorités. Sur les réseaux sociaux, les exilés iraniens ont relayé ce message avec une urgence palpable. L’activiste Nazli a déclaré : « Berlin doit annulez toutes les invitations à Reza Pahlavi. L’Iran n’a besoin ni d’une autre couronne, ni d’une autre guerre, ni d’une autre dictature.
Les événements du 23 avril révèlent une vérité plus profonde : plus de quarante ans après la révolution de 1979, la lutte du peuple iranien pour la liberté reste menacée de récupération, cette fois par une coalition de monarchistes nostalgiques, d’acteurs occidentaux opportunistes et de la propagande cynique du régime. Tandis que l’entourage de Pahlavi se prête au jeu des photos dans les couloirs du Reichstag, la véritable voix de l’Iran – celle des millions de personnes qui ont tout risqué en scandant « Mort au dictateur » ou « Mort à l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou du Guide suprême » – continue d’être étouffée.
La décision de Berlin de limiter la visite à des rencontres privées constitue un modeste mais nécessaire rappel à l’ordre. Cet épisode devrait néanmoins servir d’avertissement aux parlements et gouvernements européens : dialoguer avec des personnalités qui refusent de rompre clairement avec la dictature ne fait que prolonger les souffrances du peuple iranien et retarder la transition démocratique qu’il a déjà payée au prix du sang. La voie à suivre n’est pas la restauration du pouvoir à Washington ou à Londres, mais l’expression de la volonté souveraine des Iraniens eux-mêmes. la résistance organisée qui a toujours rejeté à la fois le Shah et le Guide suprême. »