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La guerre du régime iranien contre la résistance organisée

La guerre du régime iranien contre la résistance organisée
La guerre du régime iranien contre la résistance organisée

Par
Dr. Masumeh Bolurchi

À l’aube du 4 avril, les autorités iraniennes ont exécuté deux autres prisonniers politiques : Vahid Bani Amerian, 33 ans, et Abolhassan Montazer, 66 ans. Leur exécution faisait suite à celle, quelques jours auparavant, de quatre coaccusés – Babak Alipour, Pouya Ghobadi, Mohammad Taghavi Sangdehi et Akbar Daneshvarkar – tous accusés de liens avec l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI).

Montazer appartenait à une génération plus ancienne de dissidents. Diplômé en architecture et ancien prisonnier politique des années 1980, il avait subi des arrestations répétées pendant des décennies. Au moment de sa dernière détention, il souffrait de graves maladies cardiaques, pulmonaires et rénales. Son exécution, malgré son état, n’était pas motivée par l’urgence. Il s’agissait d’anéantir une vie de résistance qui avait survécu à toutes les tentatives précédentes pour la faire taire.

Bani Amerian incarnait ce que les autorités redoutent sans doute encore plus : la continuité. Instruit et emprisonné à plusieurs reprises depuis 2017, il avait déjà passé des années derrière les barreaux avant son arrestation définitive. Décrit par ceux qui le connaissaient comme discipliné et réfléchi, il représentait une jeune génération parvenue à la même conclusion que Montazer : le système est irréformable. Sa vie a démontré que la répression n’a pas étouffé la dissidence, mais l’a au contraire alimentée.

Les deux hommes ont été détenus pendant des mois à la prison d’Evin, où ils auraient été soumis à un isolement cellulaire prolongé et à des interrogatoires coercitifs. Leur condamnation reposait en grande partie sur leur appartenance à l’OMPI. Dans l’Iran d’aujourd’hui, cela suffit à justifier la peine de mort.

Ce que révèle le discours du régime

Le récit officiel est sans équivoque. Les médias d’État iraniens ont décrit les hommes exécutés comme membres d’une « équipe terroriste » agissant « sous les ordres d’agents ennemis », affirmant qu’ils avaient été arrêtés alors qu’ils préparaient des attaques avec des « lance-roquettes ». Un autre rapport insiste sur le fait qu’ils ont mené de « multiples opérations terroristes et à l’explosif » et œuvré pour « saper la sécurité du pays ». Ce discours vise à justifier. Mais il est aussi révélateur.

L’accent n’est pas seulement mis sur les actes présumés, mais aussi sur l’organisation : « équipes », « réseaux », « coordination ». L’État ne se contente pas de mettre en garde contre la violence. Il signale sa crainte d’une structure. Ce qui l’inquiète, ce n’est pas la dissidence isolée, mais la possibilité d’une opposition disciplinée, capable d’agir au-delà des protestations spontanées.

Pourquoi ce mouvement est différent

Pendant des décennies, l’OMPI a occupé une place à part dans les calculs du régime. Contrairement aux autres, elle n’a jamais accepté l’idée que le système puisse évoluer. Dès les premières années qui ont suivi la révolution, elle a rejeté catégoriquement le pouvoir clérical et affirmé que l’autorité politique devait émaner du peuple. Ce refus a façonné le conflit.

Là où d’autres s’engageaient dans la voie de la réforme, la Résistance iranienne soutenait que celle-ci était une impasse, que la répression était inhérente à la société et non accidentelle. Elle rejetait également les tentatives de l’État de présenter les conflits extérieurs comme un devoir national unificateur, insistant au contraire sur le fait que le combat central se déroulait au sein même de l’Iran : entre le système en place et la population.

Cette position prive l’État de deux arguments de défense essentiels. Elle exclut toute possibilité d’accommodement progressif et remet en question l’idée que la loyauté envers l’État soit synonyme de loyauté envers la nation.

Guerre à l’étranger, angoisse intérieure

Ces exécutions surviennent dans un contexte de fortes tensions. L’Iran est confronté à une confrontation militaire continue à l’étranger, marquée par des frappes aériennes quotidiennes et des pertes croissantes. Dans de telles conditions, les gouvernements privilégient généralement l’unité nationale. Les actions du régime suggèrent une priorité différente.

Même face aux menaces extérieures, le régime maintient un important déploiement de forces de sécurité dans les villes, leur enjoignant de conserver le contrôle des rues. Le message est clair : les dirigeants considèrent les troubles intérieurs comme le danger le plus immédiat.

Cette double pression – conflit extérieur et dissidence interne – a mis en lumière les limites des capacités de l’État. Son appareil sécuritaire demeure vaste, mais il est de plus en plus mis à rude épreuve.

La peur de l’organisation

La dictature cléricale a démontré à maintes reprises sa capacité à réprimer les manifestations spontanées. Elle l’a fait avec rapidité et force. Ce qu’elle a plus de mal à contenir, c’est la coordination.

Les soulèvements de janvier 2026 ont illustré ce changement. Dans des villes comme Abdanan et Malekshahi, ainsi que dans des quartiers de Téhéran, Rasht et Mashhad, les protestations se sont structurées. Selon les rapports, des groupes organisés associés à l’OMPI ont joué un rôle actif : protection des manifestants, confrontation avec les forces de sécurité et, dans certains cas, maintien du contrôle de quartiers pendant des heures, voire des jours. C’est le scénario que l’État redoute le plus. L’organisation met en place une stratégie et une communication.

L’action et la persévérance. Elle peut exploiter les faiblesses d’un appareil sécuritaire déjà sous pression. Plus important encore, elle crée l’illusion que le contrôle n’est pas absolu – que l’État peut être contesté, et pas seulement combattu.

L’exécution comme stratégie d’endiguement

Les assassinats judiciaires de Bani Amerian, Montazer et de leurs camarades de l’Unité de résistance ne sont pas de simples actes de représailles ; il s’agit d’une stratégie d’endiguement calculée. Ces exécutions servent un but unique et désespéré : la prévention par l’élimination.

En traquant ceux qui sont liés à une opposition organisée, le régime tente de décapiter le réseau et de paralyser la population par la peur. C’est un effort frénétique pour couper le cordon de la dissidence – pour s’assurer que le feu de la résistance soit éteint avant qu’il ne consume le statu quo, comme il l’a fait par le passé.

Cependant, cette approche brutale est une arme à double tranchant. En qualifiant ces individus d’« ennemis de l’État » dignes de la potence, le régime les immortalise involontairement. Sous la menace de la pendaison, ils cessent d’être de simples accusés et se transforment en puissants symboles de résistance. Leur mort, cautionnée par l’État, ne marque pas une fin, mais constitue au contraire un catalyseur explosif pour une société indignée.

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