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La première tournée régionale d’Ali Larijani suscite l’hostilité au Liban et en Irak

La première tournée régionale d’Ali Larijani suscite l’hostilité au Liban et en Irak
Ali Larijani, désormais secrétaire du Conseil suprême de sécurité du régime iranien, monte à bord d’un avion le 11 février 2019

Ali Larijani, désormais secrétaire du Conseil suprême de sécurité du régime iranien, monte à bord d’un avion le 11 février 2019
Par
Mehdi Oghbai

La première tournée d’Ali Larijani en tant que nouveau secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale du régime iranien, en Irak et au Liban, a suscité une vive opposition de la part des dirigeants régionaux, des médias et des analystes, reflétant ce que beaucoup perçoivent comme un affaiblissement de l’influence de Téhéran et un isolement croissant dans sa propre sphère d’influence.

Cette tournée, qui a débuté le 10 août à Bagdad et se terminera à Beyrouth, intervient dans un contexte de pression croissante sur les forces mandataires du régime iranien, notamment les Forces de mobilisation populaire (FMP) en Irak et le Hezbollah au Liban. Selon des sources politiques irakiennes citées par les médias locaux, l’un des principaux objectifs de Larijani est de persuader les factions chiites d’obtenir l’adoption parlementaire de la loi sur les FMP – une démarche considérée à Téhéran comme essentielle pour consolider la position juridique et militaire de la milice qui lui est inféodée. Ces sources estiment que cette visite est liée aux « inquiétudes concernant la possibilité que Bagdad cède aux pressions américaines » pour maîtriser ou dissoudre les FMP.

Au Liban, ce voyage intervient au cœur d’une tourmente politique liée à la décision du gouvernement d’approuver un plan de désarmement du Hezbollah soutenu par les États-Unis – une politique à laquelle le régime en Iran s’est ouvertement opposé. L’influent quotidien Nidaa al-Watan a présenté cette visite comme un « appel du Hezbollah à Larijani ». Parallèlement, Huna Lebanon a déclaré à Téhéran, dans un éditorial d’une franchise inhabituelle, que « la politique menée à l’égard du Liban est une politique que l’écrasante majorité des Libanais rejette ». L’organisation a accusé le soutien de l’Iran au Hezbollah de « détruire l’économie » et de ramener le pays « 100 ans en arrière » sans obtenir le moindre avantage stratégique.

Selon Al-Anbaa, le président Michel Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam prévoyaient tous deux de transmettre à Larijani « une position claire et ferme » sur le désarmement du Hezbollah et de marquer le rejet par Beyrouth de l’ingérence iranienne. Le ministre libanais de l’Agriculture a averti qu’une ingérence persistante pourrait entraîner le rappel de l’ambassadeur iranien, tandis que le Bloc national a déjà demandé qu’il soit déclaré « persona non grata ».

Samir Geagea, chef du parti des Forces libanaises, est allé plus loin en exhortant le gouvernement à convoquer des réunions d’urgence de la Ligue arabe et du Conseil de coopération du Golfe afin de répondre à « la menace de la République islamique contre le Liban » et de déposer une plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU. « Les interventions iraniennes des 40 dernières années ont détruit le Liban et l’ont fait reculer de plusieurs décennies », a-t-il déclaré.

L’envoi rapide de Larijani à Bagdad et à Beyrouth, quelques jours seulement après sa nomination, souligne l’objectif tactique de sa réintégration. Loin d’être une mission diplomatique de routine, ce voyage reflète la tentative du Guide suprême des mollahs de consolider un réseau de mandataires en difficulté face à la montée des dissensions internes, aux résistances régionales et à l’isolement international croissant.

La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, a présenté son retour comme une initiative visant à « accroître la cohésion nationale et à renforcer le pouvoir de négociation international », mais la réalité, comme le soulignent les analystes, est plus défensive que stratégique. La réaction négative en Irak et au Liban – où les dirigeants politiques ont ouvertement rejeté l’ingérence de Téhéran et où les médias ont qualifié la politique iranienne de ruineuse – a mis en évidence l’érosion de l’influence autrefois présumée du régime dans sa propre sphère d’influence.

Tout comme lors de son précédent mandat de chef de la sécurité nationale, le rôle de Larijani est moins axé sur la modération que sur la gestion des enjeux de survie. Sa présence dans la région ne témoigne pas d’un changement de politique, mais d’une volonté urgente de préserver l’apparence de contrôle alors que Téhéran est confronté à des pressions politiques, sociales et stratégiques sans précédent.

 

La première tournée régionale d’Ali Larijani suscite l’hostilité au Liban et en Irak

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